La déclaration des revenus de retraite constitue une étape administrative cruciale qui concerne actuellement plus de 17 millions de retraités en France. Cette démarche, bien que simplifiée grâce à la télétransmission automatique des données par les caisses de retraite, nécessite une vigilance particulière pour éviter les erreurs coûteuses. Entre les différents types de pensions, les formulaires fiscaux spécifiques, et les subtilités du prélèvement à la source, la déclaration peut rapidement devenir un véritable casse-tête. La confusion entre le montant net à payer et le net imposable, par exemple, représente l’une des erreurs les plus fréquentes commises par les retraités. Maîtriser les règles fiscales applicables aux pensions de retraite vous permettra non seulement d’éviter les redressements fiscaux, mais également d’optimiser votre imposition en bénéficiant de tous les abattements et déductions auxquels vous avez droit.

Les formulaires fiscaux obligatoires pour déclarer sa pension de retraite

La déclaration des revenus de retraite implique l’utilisation de plusieurs formulaires fiscaux, chacun correspondant à des situations spécifiques. La compréhension de ces documents administratifs constitue le fondement d’une déclaration correcte et exhaustive. Contrairement aux idées reçues, la déclaration pré-remplie ne dispense pas d’une vérification minutieuse, car des erreurs de transmission peuvent survenir et certaines informations doivent être complétées manuellement.

Déclaration 2042 : la base de la déclaration des pensions du régime général

Le formulaire 2042 représente le document central de toute déclaration fiscale en France. Pour les retraités, les pensions doivent être inscrites dans la catégorie des traitements et salaires, dont les cases commencent systématiquement par le chiffre 1. La case 1AS concerne le déclarant principal, tandis que la case 1BS s’applique au conjoint ou partenaire de PACS. Cette distinction permet à l’administration fiscale de calculer précisément l’impôt dû par chaque membre du foyer fiscal. Les pensions du régime général versées par l’Assurance retraite apparaissent généralement en pré-remplissage sur ce formulaire, grâce à la transmission automatique effectuée par la CNAV avant le 15 avril de chaque année.

L’importance de vérifier ces montants pré-remplis ne saurait être sous-estimée. En 2024, près de 3% des déclarations pré-remplies contenaient des erreurs nécessitant une correction. Il est essentiel de vérifier que le montant indiqué correspond bien au net imposable et non au net à payer perçu sur votre compte bancaire. Cette distinction est fondamentale car le net imposable intègre la CSG non déductible, augmentant ainsi la base imposable de quelques points de pourcentage.

Formulaire 2042 C pour les revenus complémentaires et rachats de trimestres

Le formulaire 2042 C, annexe complémentaire de la déclaration principale, concerne les revenus et charges moins courants. Pour les retraités, ce document devient nécessaire dans plusieurs situations spécifiques. Si vous avez perçu des indemnités de départ à la retraite, celles-ci doivent être déclarées sur ce formulaire, avec la possibilité d’opter pour le système du quotient permettant de lisser l’imposition de ce revenu exceptionnel. Les rachats de trimestres effectués pour compléter votre carrière génèrent également des déductions fiscales à mentionner sur ce formulaire.

Les revenus issus de

p>Les revenus issus de retraites supplémentaires obligatoires d’entreprise, de dispositifs professionnels spécifiques ou encore certaines rentes à caractère exceptionnel sont également à renseigner via le formulaire 2042 C. C’est notamment le cas lorsque vous percevez un versement forfaitaire unique en lieu et place d’une petite pension complémentaire. Ce type de revenu peut, sous conditions, bénéficier du système du quotient ou d’une imposition spécifique à 7,5 % après abattement de 10 %. Pour sécuriser votre déclaration de revenus de retraite, prenez le temps de lire la notice du formulaire : elle précise, ligne par ligne, les sommes à reporter et le traitement fiscal applicable.

Déclaration 2047 pour les retraites perçues à l’étranger

La déclaration 2047 est indispensable dès lors que vous percevez une pension de retraite en provenance d’un État étranger, même si cette pension a déjà subi une retenue à la source à l’étranger. Ce formulaire permet de détailler l’origine des revenus, le pays payeur, la nature de la pension (retraite de base, complémentaire, rente, etc.) et son montant converti en euros. Vous devez ensuite reporter les montants dans les cases correspondantes de la déclaration 2042, en tenant compte des éventuelles conventions fiscales internationales signées par la France.

Ces conventions visent à éviter la double imposition, mais leur application pratique peut être complexe. Selon les accords, la pension étrangère peut être imposable uniquement en France, uniquement dans l’État de source, ou dans les deux États avec un mécanisme de crédit d’impôt en France. Une erreur fréquente consiste à ne rien déclarer au motif que l’impôt a déjà été prélevé à l’étranger : cette omission expose à un redressement. En cas de doute, il est recommandé de consulter la fiche pays sur impots.gouv.fr ou de solliciter le service des impôts des particuliers non résidents.

Formulaire 2042 RICI : déductions fiscales spécifiques aux retraités

Le formulaire 2042 RICI regroupe les réductions et crédits d’impôt, dont certains concernent directement les retraités. C’est notamment sur ce document que vous déclarez les dépenses ouvrant droit à avantage fiscal comme l’emploi d’un salarié à domicile (aide-ménagère, assistance aux personnes âgées), certains travaux d’amélioration énergétique de votre logement ou encore les dons aux associations. Bien remplir ce formulaire est essentiel pour optimiser votre impôt sur le revenu et ne pas laisser « dormir » des droits à réduction auxquels vous avez légitimement droit.

Pour de nombreux retraités, l’emploi à domicile représente le principal levier de réduction d’impôt, en particulier lorsqu’ils ont besoin d’aide pour les actes de la vie quotidienne. Le crédit d’impôt égal à 50 % des dépenses engagées (dans la limite des plafonds) peut considérablement alléger la facture fiscale. Pensez à conserver toutes vos factures et attestations annuelles fournies par les organismes de services à la personne : elles vous serviront de justificatifs en cas de contrôle. En pratique, la combinaison d’une déclaration de pension de retraite correctement remplie (2042, 2042 C, 2047) et d’un 2042 RICI exploité au mieux constitue la base d’une optimisation fiscale sereine à la retraite.

Identifier et catégoriser correctement ses sources de revenus de retraite

Déclarer ses revenus de retraite sans erreur suppose de savoir précisément d’où proviennent les pensions perçues et à quelle catégorie fiscale elles appartiennent. Vous recevez peut-être plusieurs virements chaque mois : retraite de base, complémentaire, voire pension de réversion ou rente d’invalidité. Mal identifiés, ces flux peuvent conduire à des doublons, des omissions ou des mauvaises cases cochées dans la déclaration. L’enjeu est de reconstituer, comme un puzzle, l’ensemble de vos pensions pour les ranger dans les bonnes rubriques de l’impôt sur le revenu.

Une bonne pratique consiste à dresser, avant chaque campagne déclarative, une liste synthétique de toutes vos caisses de retraite, françaises et étrangères, de base et complémentaires. Notez, pour chacune, l’intitulé figurant sur votre relevé bancaire, la nature de la pension (base, complémentaire, rente, capital), le pays d’origine et le montant annuel. Ce travail préparatoire vous évitera bien des hésitations devant l’écran de votre déclaration en ligne et limitera le risque de confusion entre retraite en rente viagère, retraite versée en capital et autres revenus assimilés.

Pensions du régime de base : CNAV, MSA et régimes spéciaux

Pour la majorité des retraités du secteur privé, la pension de base est versée par la CNAV ou la Carsat et apparaît sur les relevés bancaires sous la mention « Ass. Retraite » ou équivalent. Les assurés du monde agricole relèvent de la MSA, tandis que certains professionnels (fonctionnaires, SNCF, RATP, industries électriques et gazières, professions libérales) bénéficient de régimes spéciaux ou de caisses dédiées. Toutes ces pensions de base sont imposables, sauf cas particuliers (invalidité, certaines rentes d’anciens combattants) et doivent être déclarées comme traitements et salaires dans les cases commençant par 1A / 1B.

La plupart du temps, ces montants sont télétransmis et pré-remplis. Votre rôle consiste alors à vérifier que le total correspond bien au montant net imposable indiqué sur vos attestations fiscales ou bulletins de pension. Si vous avez perçu des arriérés, des rappels de pension ou des régularisations de carrière, contrôlez que ces sommes figurent bien sur la bonne année fiscale. En cas d’erreur manifeste (par exemple, une année entière manquante après un départ en retraite tardif), vous pouvez corriger manuellement le montant déclaré ou solliciter une attestation rectificative auprès de votre caisse.

Retraites complémentaires : Agirc-Arrco et dispositifs professionnels

À la pension de base s’ajoute, pour la plupart des retraités du secteur privé, une retraite complémentaire versée par le régime unifié Agirc-Arrco. Ce versement mensuel ou trimestriel porte souvent la mention « Agirc-Arrco » ou le nom de l’ancienne institution de retraite complémentaire sur votre relevé bancaire. Là encore, le montant net imposable annuel est transmis automatiquement à l’administration fiscale et doit être contrôlé sur votre déclaration pré-remplie. Il se déclare dans les mêmes cases que la retraite de base, en s’ajoutant aux autres pensions du foyer.

En parallèle, certains retraités perçoivent des pensions issues de régimes supplémentaires obligatoires d’entreprise (article 83, régimes à prestations définies) ou de caisses spécifiques liées à une profession (Ircantec pour certains agents non titulaires, régimes des élus locaux, etc.). Ces pensions, même si elles portent un autre nom, sont assimilées à des pensions de retraite imposables et doivent être intégrées dans les montants de pensions déclarés. Un point de vigilance : si l’un de ces régimes vous verse un versement forfaitaire unique en capital en lieu et place d’une rente, ce capital ne se déclare pas comme une pension courante mais comme une prestation en capital, avec des règles spécifiques détaillées plus loin.

PERP, PERCO et PER : traitement fiscal des plans d’épargne retraite

Les anciens produits d’épargne retraite comme le PERP ou le PERCO coexistent désormais avec le Plan d’épargne retraite (PER), qui en est la version unifiée. Lorsque vous percevez une sortie de PER ou de PERP sous forme de rente viagère, cette rente est en principe imposée comme une pension de retraite classique et doit être ajoutée à vos autres pensions dans la catégorie des traitements et salaires. Elle bénéficie alors de l’abattement de 10 % applicable aux pensions. En revanche, si vous optez pour une sortie en capital, le traitement fiscal diffère sensiblement.

Le capital issu d’un PER ou d’un ancien PERP est en général imposé comme un revenu exceptionnel. Vous pouvez, sous certaines conditions, opter pour le prélèvement forfaitaire de 7,5 % après abattement de 10 %, à condition que les cotisations aient été déductibles et que le versement de capital soit unique. À défaut, le capital est soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu, ce qui peut augmenter fortement votre imposition l’année du versement si vous franchissez une tranche supérieure. D’où l’importance de simuler plusieurs scénarios (imposition au barème, système du quotient, prélèvement forfaitaire) avant de valider votre choix de mode de sortie de votre épargne retraite.

Rentes viagères et distinction entre capital et revenus imposables

La distinction entre rente viagère et capital est au cœur de la fiscalité des retraites. Une rente viagère est un revenu périodique versé à vie, qui s’apparente, sur le plan fiscal, à une pension de retraite : elle est soumise au barème de l’impôt avec, selon son origine, application ou non de l’abattement de 10 %. À l’inverse, un capital de retraite correspond à un versement unique ou fractionné d’un montant global, traité comme un revenu exceptionnel. Confondre les deux revient un peu à confondre un salaire mensuel et une prime exceptionnelle : les règles d’imposition et les options possibles ne sont pas les mêmes.

Certaines rentes viagères à titre onéreux (issues d’un contrat d’assurance-vie ou d’un contrat de rente viagère acquis à prix d’argent, hors retraite) obéissent à un régime particulier : seule une fraction de la rente, dépendant de votre âge au moment de l’entrée en jouissance, est imposable. À l’inverse, les rentes viagères issues des régimes de retraite (y compris rentes de PER, PERP…) sont imposables en totalité comme des pensions. Identifier correctement la nature juridique de la rente que vous percevez est donc essentiel pour la déclarer dans la bonne case et éviter soit une double imposition, soit un redressement ultérieur en cas de sous-déclaration.

Le prélèvement à la source appliqué aux pensions de retraite

Depuis la généralisation du prélèvement à la source en 2019, les pensions de retraite, comme les salaires, font l’objet d’une retenue mensuelle d’impôt directement opérée par les caisses de retraite. Ce mécanisme vise à adapter le paiement de l’impôt à l’évolution de vos revenus en temps réel. Toutefois, il ne remplace pas la déclaration annuelle de revenus : celle-ci reste indispensable pour faire le bilan définitif de votre situation fiscale, calculer l’impôt total dû et procéder, le cas échéant, à une régularisation.

Pour les retraités, le prélèvement à la source peut parfois donner une fausse impression de « tout régler automatiquement ». En pratique, le taux appliqué peut devenir inadapté en cas de changement de situation (décès du conjoint, départ à la retraite en cours d’année, cumul emploi-retraite, perception d’un capital). Il est donc crucial de comprendre la différence entre taux personnalisé, taux neutre (ou non personnalisé) et taux de foyer, ainsi que les modalités d’actualisation sur le site impots.gouv.fr.

Taux personnalisé versus taux non personnalisé sur les pensions

Le taux personnalisé est le taux de prélèvement calculé par l’administration fiscale à partir de l’ensemble des revenus de votre foyer (salaires, pensions, revenus fonciers, etc.). Il s’applique par défaut à vos pensions de retraite et permet de lisser le paiement de l’impôt sur douze mois. Ce taux apparaît sur votre avis d’imposition et dans votre espace particulier en ligne. Il est mis à jour chaque année après la déclaration de revenus et peut être ajusté en cours d’année sur demande.

Le taux non personnalisé, souvent appelé taux neutre, est un taux standard qui ne tient pas compte de votre situation familiale ni de vos autres revenus. Il peut être utilisé dans certaines situations professionnelles, mais il est très rarement pertinent pour les retraités dont la principale source de revenus est connue de l’administration (les pensions). Opter pour un taux neutre quand on est retraité revient un peu à porter une chaussure « taille unique » : cela ne s’adapte ni à vos charges de famille ni à vos autres ressources, et vous risquez soit de trop payer, soit de devoir un complément important lors de la régularisation annuelle.

Modalités de déclaration du taux de prélèvement sur impots.gouv.fr

Pour consulter ou modifier votre taux de prélèvement à la source, vous devez vous connecter à votre espace particulier sur impots.gouv.fr, rubrique « Gérer mon prélèvement à la source ». Vous y retrouvez le taux actuellement appliqué à vos pensions, le montant des prélèvements effectués par chaque caisse de retraite et les options possibles (taux individualisé pour les couples, modulation à la hausse ou à la baisse, choix du taux neutre). Toute modification validée en ligne est transmise aux caisses de retraite, qui appliquent le nouveau taux dans un délai d’un à deux mois.

Vous pouvez, par exemple, demander une baisse de votre taux si vos revenus ont significativement diminué (fin d’une activité professionnelle, baisse des loyers perçus, etc.). À l’inverse, si vous anticipez une hausse ponctuelle de revenus (perception d’un capital de retraite, vente d’un bien générant une plus-value imposable), vous pouvez relever temporairement votre taux pour éviter une facture trop lourde lors de la régularisation. Pensez toutefois à bien simuler l’impact de la modulation : en cas de sous-estimation manifeste et répétée, l’administration peut appliquer des intérêts de retard.

Régularisation annuelle et ajustement du taux en cours d’année

Chaque été, après le traitement de votre déclaration de revenus, l’administration fiscale calcule l’impôt définitif dû au titre de l’année écoulée et le compare aux montants déjà prélevés à la source. Si les prélèvements ont été supérieurs à l’impôt final, vous bénéficiez d’un remboursement, généralement en juillet ou août. Dans le cas contraire, un solde à payer vous est demandé, soit en une fois, soit en plusieurs échéances selon son montant. Cette régularisation annuelle est un peu l’équivalent d’une « mise à jour » comptable entre vos revenus réels et les acomptes déjà versés.

Pour limiter les écarts lors de cette régularisation, il est judicieux d’ajuster votre taux de prélèvement en cours d’année lorsque votre situation change. Un décès de conjoint, un divorce, un cumul emploi-retraite, une perception de capital de retraite ou une expatriation partielle peuvent modifier sensiblement votre niveau d’imposition. Plutôt que d’attendre la prochaine déclaration, vous pouvez signaler ces changements dès qu’ils se produisent, afin que votre taux soit recalculé au plus près de votre nouvelle situation. Cette anticipation vous évite l’effet de « mauvaise surprise » au moment de la réception de l’avis d’imposition.

Déductions fiscales et abattements spécifiques aux retraités

Les revenus de retraite bénéficient de plusieurs mécanismes de réduction de l’impôt, au premier rang desquels l’abattement automatique de 10 % sur les pensions déclarées. D’autres leviers existent, plus ciblés, comme la déduction de certains frais réels pour les retraités encore actifs ou la prise en compte de cotisations de prévoyance ou de mutuelle dans le calcul du revenu imposable. Savoir identifier ces avantages revient un peu à vérifier que vous utilisez tous les « filtres de réduction » disponibles avant de laisser l’administration calculer votre impôt final.

Ces abattements et déductions ne sont pas automatiques dans tous les cas : certains exigent une démarche volontaire de votre part (option pour les frais réels, déclaration de dépenses ouvrant droit à réduction ou crédit d’impôt). Là encore, une lecture attentive de votre avis d’imposition et un passage régulier par votre espace particulier en ligne vous permettront de vérifier que tous vos droits sont bien pris en compte et, le cas échéant, de déposer une réclamation si un avantage fiscal a été omis.

Abattement automatique de 10% sur les pensions déclarées

Les pensions de retraite et rentes assimilées bénéficient d’un abattement forfaitaire de 10 % appliqué automatiquement par l’administration fiscale sur le montant total déclaré des pensions du foyer. Cet abattement vise à tenir compte des frais divers supportés par les retraités (frais bancaires, correspondances, petites démarches administratives, etc.). Pour l’imposition des revenus récents, cet abattement est encadré par un plancher et un plafond, respectivement de 450 € minimum par pensionné et de 4 399 € maximum par foyer fiscal (montants susceptibles d’évoluer chaque année).

Vous n’avez aucune démarche particulière à effectuer pour bénéficier de cet abattement : il est calculé automatiquement dès lors que vous déclarez vos pensions dans la catégorie des traitements et salaires. En pratique, cela signifie que si vous essayez de déduire des « frais réels » sans motivation particulière, vous risquez de perdre le bénéfice de cet abattement forfaitaire, souvent plus avantageux. L’abattement de 10 % s’applique également aux pensions de réversion et à certaines allocations assimilées (veuvage, pensions d’anciens combattants imposables), mais n’est pas applicable aux retraites exonérées ou aux allocations non imposables comme l’Aspa ou l’ASI.

Frais réels déductibles : cas particuliers des retraités actifs

La possibilité de déduire des frais réels concerne surtout les contribuables qui supportent des dépenses professionnelles importantes. Pour les retraités, cette option reste marginale, mais elle peut se justifier dans certains cas spécifiques, notamment en situation de cumul emploi-retraite. Si vous exercez encore une activité professionnelle (salariée ou indépendante) en plus de vos pensions, vous pouvez opter pour la déduction des frais réels liés à cette activité au lieu de l’abattement forfaitaire de 10 % sur vos salaires, sans remettre en cause l’abattement de 10 % appliqué sur vos pensions de retraite.

En revanche, si vous souhaitiez déduire des « frais liés à votre retraite » (déplacements pour rendez-vous médicaux, frais de correspondance avec les caisses, etc.), l’administration ne les reconnaît pas comme frais professionnels réels. L’option pour les frais réels doit donc être maniée avec prudence et réservée aux situations où une activité professionnelle significative génère des dépenses importantes (trajets domicile-travail, repas, matériel, formation). Avant d’opter pour ce régime, il est recommandé de comparer le montant des frais réels justifiables avec celui de l’abattement de 10 % afin de vérifier l’intérêt réel de la démarche.

Déduction des cotisations de mutuelle santé et prévoyance

Les cotisations de mutuelle santé ne sont pas, en principe, déductibles du revenu imposable des retraités, sauf lorsqu’elles sont précomptées sur une pension imposable relevant d’un régime légalement obligatoire (cas de certains anciens salariés bénéficiant d’un régime collectif obligatoire maintenu à la retraite). Dans ce cas précis, la part salariale des cotisations peut, sous conditions, être prise en compte dans la base de l’abattement ou être déduite dans certaines rubriques spécifiques. La plupart du temps, toutefois, les cotisations de complémentaire santé payées à titre individuel par les retraités ne donnent pas lieu à une déduction du revenu, mais peuvent, à l’inverse, ouvrir droit à un crédit d’impôt dans le cadre de dispositifs spécifiques (complémentaire santé solidaire, par exemple), selon les textes en vigueur.

Les cotisations de prévoyance (assurance invalidité, décès, dépendance) peuvent, dans certains cas, être partiellement déductibles lorsqu’elles sont versées dans le cadre de contrats Madelin ou de dispositifs professionnels spécifiques, le plus souvent avant le départ à la retraite. Une fois retraité, vous pouvez encore bénéficier des effets fiscaux de ces contrats sur votre revenu global, mais la marge de manœuvre est plus limitée. En pratique, il est utile de vérifier, chaque année, les informations figurant sur les attestations fournies par votre mutuelle et vos assureurs : ces documents précisent généralement la part éventuellement déductible des cotisations, ainsi que les cases à renseigner dans la déclaration de revenus.

Erreurs fréquentes à éviter lors de la déclaration des revenus de retraite

La déclaration des revenus de retraite recèle de nombreux pièges, en particulier pour les contribuables qui découvrent le système fiscal après un long parcours professionnel. L’erreur la plus répandue consiste à confondre le net à payer versé sur le compte bancaire avec le net imposable à déclarer. Comme nous l’avons vu, le net imposable réintègre notamment la CSG non déductible et d’autres éléments qui ne figurent pas dans le montant effectivement perçu. Se fier uniquement aux virements bancaires pour remplir sa déclaration revient un peu à établir un budget domestique en oubliant les frais bancaires ou les abonnements prélevés automatiquement.

Une autre erreur fréquente concerne l’omission de certaines pensions ou, au contraire, la double déclaration d’un même revenu. Par exemple, un retraité peut cumuler une pension de base, une retraite complémentaire, une pension de réversion et une petite rente d’un ancien contrat d’épargne retraite : si toutes ne sont pas bien identifiées, il peut en laisser une de côté ou la déclarer deux fois (en reportant manuellement un montant déjà pré-rempli). Les oublis de pensions étrangères, les erreurs sur les montants de capital de retraite ou encore la mauvaise utilisation des formulaires annexes (2042 C, 2047) font également partie des motifs classiques de rectification par l’administration.

Situations particulières nécessitant une vigilance accrue

Certaines situations de retraite sortent du cadre « standard » d’un retraité percevant uniquement une pension de base et une complémentaire françaises. Cumul emploi-retraite, pensions de réversion, retraites étrangères, pensions d’invalidité ou militaires… autant de cas qui exigent une attention renforcée lors de la déclaration. Dans ces configurations, la fiscalité fonctionne un peu comme une mécanique de précision : si un rouage est mal positionné (mauvaise case, mauvais formulaire, mauvaise qualification du revenu), l’ensemble du calcul peut être faussé, avec à la clé des redressements ou la perte d’avantages fiscaux.

Si vous êtes dans l’une de ces situations, prenez le temps de lire les notices spécifiques disponibles sur impots.gouv.fr, de consulter les fiches pratiques des caisses de retraite concernées ou, au besoin, de solliciter un rendez-vous avec un centre des finances publiques. Cette démarche d’anticipation est souvent plus simple et moins stressante que de devoir répondre à une demande d’éclaircissements ou à une proposition de rectification de l’administration plusieurs mois après votre déclaration.

Cumul emploi-retraite : déclaration des revenus d’activité et de pension

Le cumul emploi-retraite permet de percevoir simultanément une pension de retraite et des revenus d’activité professionnelle. Sur le plan fiscal, ces deux types de revenus se cumulent et sont soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu. Les pensions doivent être déclarées dans la catégorie des traitements et salaires (cases 1AS, 1BS, etc.), tandis que les revenus d’activité salariée se déclarent également dans cette catégorie mais dans des lignes différentes, et les revenus d’activité indépendante (BIC, BNC, BA) dans leurs rubriques respectives.

Une erreur fréquente consiste à considérer que le prélèvement à la source appliqué par l’employeur et par les caisses de retraite « règle tout » et dispense d’une vérification globale. En réalité, l’ajout d’un revenu d’activité peut modifier sensiblement le taux moyen d’imposition du foyer. Il est donc conseillé, en cas de cumul emploi-retraite significatif, de vérifier le taux de prélèvement à la source proposé par l’administration et de le moduler si nécessaire. Pensez également à bien distinguer, dans votre comptabilité personnelle, ce qui relève de l’activité et ce qui relève de la pension, afin d’éviter toute confusion lors de la déclaration.

Retraites versées par des caisses étrangères et conventions fiscales

Les retours d’expatriation et les carrières internationales sont de plus en plus fréquents, ce qui se traduit, à la retraite, par la perception de pensions versées par des caisses étrangères (public ou privé). Ces pensions doivent être renseignées via la déclaration 2047, puis reportées dans la 2042, en tenant compte des conventions fiscales bilatérales. Certaines pensions peuvent être imposables uniquement en France, d’autres uniquement dans l’État d’origine, et d’autres encore dans les deux, avec un crédit d’impôt égal à l’impôt français correspondant.

Un point de vigilance particulier concerne la conversion en euros des montants perçus en devises. L’administration admet en principe l’utilisation du taux de change annuel moyen publié par la Banque de France, mais il est important de conserver les justificatifs (relevés bancaires, attestations des caisses étrangères, calculs de conversion). Si vous ne déclarez pas ces pensions au motif qu’elles ont déjà été imposées à l’étranger, vous vous exposez à un redressement en cas de croisement de fichiers entre administrations. En cas de situation complexe (plusieurs pays, périodes de travail éclatées), n’hésitez pas à solliciter le service des impôts des particuliers non résidents (DINR) pour sécuriser votre déclaration.

Pensions de réversion et règles de déclaration pour les veufs et veuves

La pension de réversion correspond à la part de la retraite de votre conjoint décédé qui vous est reversée, sous certaines conditions de ressources et de durée de mariage selon les régimes. Sur le plan fiscal, la pension de réversion est imposable comme une pension de retraite classique et doit être intégrée dans vos revenus de pensions, dans les cases 1AS, 1BS ou assimilées selon le déclarant. Elle bénéficie de l’abattement de 10 % au même titre que vos autres pensions, mais elle peut modifier votre tranche d’imposition si elle se cumule avec vos propres droits à retraite.

Le décès du conjoint entraîne par ailleurs un changement important de situation familiale (passage d’une imposition commune à une imposition en tant que veuf ou veuve, parfois avec demi-part supplémentaire en cas d’ancienne qualité de combattant). La première déclaration suivant le décès est souvent la plus délicate, car elle doit tenir compte des revenus perçus avant et après le décès, ainsi que des éventuelles pensions de réversion rétroactives versées en une fois. En cas de doute, il est vivement recommandé de signaler le décès à votre centre des finances publiques et, au besoin, de prendre rendez-vous pour vous faire accompagner dans le remplissage de cette déclaration particulièrement sensible.

Invalidité et pensions militaires : régimes fiscaux dérogatoires

Les pensions d’invalidité et certaines pensions militaires (notamment liées à des blessures de guerre ou à des services particuliers) bénéficient de régimes fiscaux dérogatoires. Certaines sont totalement exonérées d’impôt sur le revenu, d’autres sont partiellement imposables, d’autres encore s’accompagnent de majorations ou d’allocations complémentaires non imposables (majoration pour assistance d’une tierce personne, par exemple). L’administration fiscale détaille ces régimes dans sa documentation officielle, mais leur lecture peut s’avérer technique pour un non-spécialiste.

Si vous percevez une pension d’invalidité ou une pension militaire, il est essentiel de bien distinguer, dans les attestations fournies par votre caisse, les montants imposables et ceux qui ne le sont pas. Une erreur fréquente consiste à déclarer la totalité des sommes versées alors qu’une partie est expressément exonérée par la loi (par exemple, une partie de la retraite mutualiste du combattant, dans la limite d’un plafond). À l’inverse, omettre de déclarer la fraction imposable peut conduire à un redressement ultérieur. En cas de situation complexe (combinaison de plusieurs prestations, évolution de votre taux d’invalidité, changement de statut), n’hésitez pas à demander des explications écrites à votre caisse et à joindre ces documents à votre déclaration ou à votre dossier fiscal en ligne.