Le vieillissement de la population constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique dans nos sociétés occidentales. Avec l’allongement de l’espérance de vie, la question n’est plus seulement de vivre plus longtemps, mais de vivre mieux et en meilleure santé. Les seniors représentent désormais près d’un quart de la population française, et ce chiffre pourrait atteindre un tiers d’ici 2050. Face à cette réalité démographique, la prévention des pathologies liées à l’âge devient une priorité absolue. Les maladies chroniques, les troubles cognitifs, les chutes et la perte d’autonomie ne sont pas des fatalités : une approche préventive globale, associant surveillance médicale, nutrition adaptée, activité physique régulière et stimulation cognitive, permet de préserver durablement votre santé et votre qualité de vie.
Dépistage précoce et surveillance médicale gériatrique régulière
La prévention efficace des problèmes de santé chez les seniors repose en premier lieu sur une surveillance médicale régulière et personnalisée. À partir de 65 ans, un suivi médical structuré permet d’identifier précocement les facteurs de risque et d’intervenir avant que les complications ne surviennent. Cette approche proactive s’avère particulièrement efficace pour ralentir le déclin fonctionnel et maintenir votre autonomie le plus longtemps possible. Les statistiques montrent que les personnes âgées qui bénéficient d’un suivi médical régulier présentent un taux de complications réduit de 40% par rapport à celles qui ne consultent qu’en cas de symptômes aigus.
Bilan biologique complet : dosage de la vitamine D, glycémie à jeun et créatininémie
Un bilan biologique annuel constitue la pierre angulaire de la surveillance médicale gériatrique. Le dosage de la vitamine D revêt une importance capitale, car près de 80% des seniors présentent une carence en cette vitamine essentielle à la santé osseuse et musculaire. Un taux sanguin inférieur à 30 ng/mL nécessite une supplémentation adaptée. La glycémie à jeun permet de dépister le diabète de type 2, qui touche environ 20% des personnes de plus de 65 ans. Une valeur supérieure à 1,26 g/L lors de deux contrôles successifs confirme le diagnostic. La créatininémie évalue quant à elle la fonction rénale, essentielle pour adapter les posologies médicamenteuses et prévenir l’accumulation de substances toxiques. Le calcul du débit de filtration glomérulaire (DFG) permet d’estimer précisément la capacité d’élimination des déchets par les reins.
Densitométrie osseuse DEXA pour la détection de l’ostéoporose
L’ostéoporose représente une menace silencieuse pour la santé des seniors, touchant une femme sur trois après la ménopause et un homme sur cinq après 70 ans. La densitométrie osseuse par absorptiométrie biphotonique à rayons X (DEXA) mesure la densité minérale osseuse au niveau du rachis lombaire et du col fémoral. Cet examen indolore et rapide permet de quantifier le risque fracturaire. Un T-score inférieur à -2,5 signe l’ostéoporose et justifie un traitement préventif. La répétition de cet examen tous les deux ans permet de suivre l’évolution de la densité osseuse et d’ajuster la prise en charge. Savez-vous que chaque année
en France, plus de 130 000 fractures de hanche sont directement liées à l’ostéoporose ? Or, une large part de ces fractures pourrait être évitée grâce à un dépistage précoce et une prise en charge adaptée. Si votre densitométrie révèle une baisse de densité osseuse (ostéopénie ou ostéoporose), votre médecin pourra vous proposer une association de traitements médicamenteux, de supplémentation (calcium, vitamine D) et d’activité physique ciblée pour renforcer votre capital osseux.
Examens ophtalmologiques : dépistage de la DMLA et du glaucome
La vue joue un rôle central dans le maintien de l’autonomie : lecture, déplacements, conduite, prévention des chutes… Avec l’âge, deux pathologies deviennent particulièrement fréquentes : la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) et le glaucome. La DMLA atteint la vision centrale, rendant difficile la lecture ou la reconnaissance des visages, tandis que le glaucome abîme progressivement le nerf optique et rétrécit le champ visuel, souvent sans douleur ni symptôme au début.
Un examen ophtalmologique complet tous les 1 à 2 ans après 65 ans est recommandé, même en l’absence de gêne visuelle. Il comprend généralement une mesure de la pression intraoculaire, un examen du fond d’œil et, si besoin, un champ visuel et une tomographie en cohérence optique (OCT). Ces examens permettent de détecter très tôt une DMLA ou un glaucome et de mettre en place des traitements qui ralentissent fortement leur évolution. En préservant votre vision, vous réduisez aussi significativement le risque de chute et donc de fracture.
Électrocardiogramme et échographie cardiaque pour les pathologies cardiovasculaires
Les maladies cardiovasculaires restent l’une des principales causes de morbidité et de mortalité chez les seniors. Hypertension artérielle, insuffisance cardiaque, troubles du rythme ou cardiopathies ischémiques peuvent évoluer silencieusement pendant des années. C’est pourquoi un électrocardiogramme (ECG) de repos, réalisé à intervalles réguliers ou en cas de symptômes (palpitations, essoufflement inhabituel, douleurs thoraciques), est un examen de base indispensable.
L’ECG permet de repérer des anomalies du rythme (comme la fibrillation atriale, très fréquente après 70 ans) ou des séquelles d’infarctus passés inaperçus. L’échographie cardiaque, quant à elle, offre une « photographie en mouvement » du cœur : elle évalue la force de contraction, l’état des valves et la présence éventuelle d’une hypertrophie ou d’une dilatation des cavités. Réalisée sur prescription du cardiologue ou du médecin traitant, elle est particulièrement importante en cas d’hypertension ancienne, de souffle cardiaque ou de symptômes évocateurs d’insuffisance cardiaque.
Tests cognitifs MoCA et MMSE pour détecter les troubles neurocognitifs
Les troubles de la mémoire et des fonctions cognitives ne sont pas une conséquence « normale » du vieillissement, même s’ils deviennent plus fréquents avec l’âge. Les tests cognitifs standardisés, comme le MoCA (Montreal Cognitive Assessment) ou le MMSE (Mini Mental State Examination), permettent de dépister précocement un trouble neurocognitif léger ou une maladie neurodégénérative débutante.
Réalisés par un médecin généraliste, un gériatre ou un neurologue, ces tests évaluent différentes fonctions : mémoire, attention, langage, orientation, capacités de calcul et de planification. Un score inférieur aux valeurs attendues pour l’âge et le niveau scolaire peut conduire à des examens complémentaires (imagerie cérébrale, bilan biologique, consultation mémoire). Plus un trouble est repéré tôt, plus il est possible de mettre en place des stratégies de compensation, un environnement adapté et, lorsque c’est indiqué, des traitements permettant de ralentir le déclin.
Nutrition gérontologique adaptée et supplémentation ciblée
Une alimentation adaptée aux besoins de la personne âgée constitue l’un des piliers de la prévention en gériatrie. Avec l’âge, l’appétit diminue, la sensation de soif s’émousse, la masse musculaire fond plus rapidement et le risque de carences augmente. Une nutrition gérontologique bien pensée permet à la fois de limiter la perte de muscle, de préserver la densité osseuse et de soutenir les défenses immunitaires. Elle joue aussi un rôle clé dans la prévention des maladies chroniques fréquentes chez les seniors, comme le diabète, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires.
Apport protéique optimal : 1,2 grammes par kilogramme de poids corporel
Contrairement aux idées reçues, les besoins en protéines augmentent avec l’âge. Pour prévenir la sarcopénie (perte de masse et de force musculaire), les sociétés savantes gériatriques recommandent un apport d’environ 1 à 1,2 g de protéines par kilogramme de poids corporel et par jour chez la plupart des seniors en bonne santé. Concrètement, une personne âgée de 70 kg devrait consommer entre 70 et 84 g de protéines quotidiennes, réparties sur les trois repas principaux.
Vous pouvez atteindre cet objectif en consommant quotidiennement des œufs, des produits laitiers, de la viande maigre, du poisson ou des légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs). L’idéal est de privilégier une répartition homogène : par exemple, un yaourt et un œuf au petit-déjeuner, une portion de poisson le midi et une portion de volaille ou de tofu le soir. Si l’alimentation seule ne suffit pas (perte d’appétit, difficultés de mastication), votre médecin ou diététicien peut proposer des compléments nutritionnels oraux riches en protéines.
Supplémentation en calcium et vitamine D3 contre la déminéralisation osseuse
Le duo calcium–vitamine D3 constitue la base de la prévention de l’ostéoporose chez les personnes âgées. Le calcium est le principal constituant de l’os, tandis que la vitamine D facilite son absorption intestinale et participe à l’équilibre musculaire et à la prévention des chutes. Avec l’âge, l’exposition au soleil diminue souvent, ce qui réduit la synthèse cutanée de vitamine D et favorise les carences.
Chez la plupart des seniors, un apport quotidien de 1000 à 1200 mg de calcium est recommandé, idéalement via l’alimentation (produits laitiers, eaux minérales riches en calcium, légumes verts). La vitamine D3 est généralement prescrite sous forme de gouttes ou d’ampoules, selon le taux sanguin mesuré. Vous vous demandez si cette supplémentation est vraiment utile ? Les études montrent qu’une correction de la carence en vitamine D, associée à un apport suffisant en calcium, réduit significativement le risque de fractures non vertébrales chez les personnes âgées fragiles.
Oméga-3 EPA et DHA pour la protection cardiovasculaire et cognitive
Les acides gras oméga-3 à longue chaîne, notamment l’EPA et le DHA, présents dans les poissons gras (saumon, maquereau, sardine, hareng), exercent un effet protecteur sur le système cardiovasculaire et sur le cerveau. Ils contribuent à réduire l’inflammation, à améliorer le profil lipidique et à soutenir certaines fonctions cognitives, en particulier la mémoire et l’attention. On peut les considérer comme une « huile de lubrification » pour les artères et les neurones.
Pour bénéficier de ces effets, il est conseillé de consommer du poisson gras 1 à 2 fois par semaine. Si ce n’est pas possible (goûts alimentaires, contraintes pratiques), des compléments alimentaires à base d’huile de poisson ou d’algues peuvent être envisagés, toujours après avis médical, surtout en cas de traitement anticoagulant. L’objectif n’est pas de multiplier les gélules, mais d’ajuster finement l’alimentation pour soutenir votre cœur et votre cerveau sur le long terme.
Hydratation suffisante : prévention de la déshydratation chez les personnes âgées
La déshydratation est l’un des problèmes de santé les plus sous-estimés chez les seniors, alors qu’elle peut entraîner confusion, chutes, insuffisance rénale aiguë ou aggravation de maladies chroniques. Avec l’âge, la sensation de soif diminue et les reins concentrent moins bien les urines, ce qui augmente les besoins hydriques. En période de chaleur, ces risques sont encore amplifiés.
En pratique, un apport d’environ 1,5 litre de liquides par jour est recommandé, sauf contre-indication médicale (insuffisance cardiaque ou rénale sévère, par exemple). Il ne s’agit pas seulement d’eau plate : tisanes, bouillons, soupes, compotes et certains fruits riches en eau (pastèque, orange) y contribuent aussi. Un bon repère consiste à boire régulièrement, même sans soif, et à vérifier la couleur des urines, qui doit rester claire. Comme une « douche intérieure », une hydratation suffisante aide votre organisme à fonctionner de manière optimale.
Activité physique adaptée et kinésithérapie préventive
Une activité physique régulière et adaptée à l’âge est l’un des moyens les plus efficaces pour prévenir les problèmes de santé fréquents chez les seniors. Elle agit comme un « médicament global » : elle améliore la condition cardiovasculaire, entretient la musculature, soutient l’équilibre psychologique et réduit le risque de chutes. L’important n’est pas de battre des records, mais de bouger régulièrement, à son rythme, en tenant compte de ses capacités et de ses éventuelles pathologies chroniques.
Exercices de renforcement musculaire contre la sarcopénie
La sarcopénie, c’est-à-dire la diminution progressive de la masse et de la force musculaire, débute dès la cinquantaine et s’accélère après 70 ans. Sans prévention, elle conduit à une difficulté croissante à se lever d’une chaise, monter des escaliers ou porter des charges légères. Pour contrer ce phénomène, des exercices de renforcement musculaire simples et réguliers sont très efficaces : flexions des jambes en se tenant à un support, montée sur la pointe des pieds, exercices avec élastiques, travail des bras avec des petites haltères.
Un kinésithérapeute ou un enseignant en activité physique adaptée peut vous proposer un programme personnalisé, réalisable à domicile ou en salle. Deux à trois séances hebdomadaires de 20 à 30 minutes suffisent souvent pour constater des progrès notables en quelques semaines : meilleure stabilité, plus de confiance dans les déplacements, moins de fatigue. En renforçant vos muscles, vous renforcez aussi, indirectement, vos os et vos articulations.
Pratique du tai-chi et yoga senior pour l’équilibre postural
Le tai-chi et le yoga senior sont particulièrement adaptés aux personnes âgées, car ils combinent travail de l’équilibre, souplesse, respiration et concentration. On peut les comparer à un « réglage fin » du corps et de l’esprit. Les mouvements lents et contrôlés du tai-chi améliorent la proprioception (perception de la position du corps dans l’espace) et réduisent significativement le risque de chute, comme l’ont montré plusieurs études chez les plus de 70 ans.
Le yoga adapté aux seniors, quant à lui, propose des postures simplifiées, souvent réalisées avec des supports (chaises, coussins, murs) pour garantir la sécurité. Il contribue à assouplir les articulations, à soulager certaines douleurs chroniques (lombalgies, cervicalgies) et à diminuer l’anxiété. De nombreux ateliers « yoga doux » ou « yoga sur chaise » existent désormais en ville, dans les associations ou les maisons Sport-Santé. Si vous débutez, il est préférable de le faire dans un cadre encadré plutôt qu’en autonomie.
Marche nordique : réduction du risque cardiovasculaire et articulaire
La marche nordique, pratiquée avec deux bâtons spécifiques, sollicite à la fois les membres inférieurs et supérieurs, ce qui permet de mobiliser plus de 80 % des muscles du corps. Par rapport à la marche classique, elle augmente légèrement la dépense énergétique tout en répartissant mieux les contraintes sur les articulations. Elle est donc particulièrement intéressante pour les seniors qui souhaitent entretenir leur cœur sans surcharger leurs genoux ou leurs hanches.
La marche nordique contribue à réduire la pression artérielle, à améliorer la capacité respiratoire et à stabiliser le poids. Elle permet également de travailler l’équilibre dynamique, car l’utilisation des bâtons offre un soutien supplémentaire tout en sollicitant la coordination. En groupe, elle devient un excellent moyen de maintenir une vie sociale active. Avant de commencer, un avis médical est conseillé, notamment en cas de pathologie cardiaque ou respiratoire connue.
Gymnastique aquatique en piscine thérapeutique pour les articulations
La gymnastique aquatique, ou aquagym, en piscine chauffée, est particulièrement adaptée aux personnes souffrant d’arthrose, de lombalgies ou d’excès de poids. Grâce à la poussée d’Archimède, le corps est comme « allégé » dans l’eau : les articulations sont moins sollicitées, tandis que la résistance de l’eau permet de renforcer les muscles en douceur. C’est un peu comme s’entraîner en apesanteur, avec un coussin naturel qui protège les articulations.
En kinésithérapie en piscine ou en cours collectifs d’aquagym senior, les exercices sont spécifiquement pensés pour améliorer la mobilité articulaire, la souplesse et l’équilibre. La chaleur de l’eau (souvent autour de 32 °C en piscine thérapeutique) aide aussi à détendre les muscles contractés et à soulager les douleurs chroniques. Pour les personnes âgées peu à l’aise avec l’eau, des séances encadrées et progressives permettent de gagner en confiance, tout en profitant des nombreux bénéfices de ce type d’activité.
Vaccination et protection contre les maladies infectieuses
Avec l’âge, le système immunitaire devient moins performant : c’est ce qu’on appelle l’« immunosénescence ». Les infections respiratoires, les pneumonies, la grippe ou le zona peuvent alors entraîner des complications sévères, une hospitalisation prolongée, voire une perte d’autonomie durable. La vaccination des seniors s’inscrit donc au cœur de la prévention gériatrique, au même titre que la nutrition ou l’activité physique.
Vaccin antigrippal annuel et rappel pneumococcique prevenar 13
La grippe saisonnière peut paraître bénigne, mais chez les personnes âgées, elle est à l’origine de nombreuses hospitalisations chaque hiver. La vaccination antigrippale annuelle, recommandée dès 65 ans et prise en charge par l’Assurance Maladie, réduit significativement le risque de formes graves et de complications respiratoires. Même si l’efficacité n’est pas de 100 %, elle limite la sévérité de la maladie et le risque de décès.
En complément, la vaccination contre le pneumocoque avec des vaccins de type Prevenar 13 (et, selon les recommandations, d’autres formulations) est recommandée pour les seniors présentant des facteurs de risque ou certaines comorbidités (BPCO, insuffisance cardiaque, diabète). Elle vise à prévenir les pneumonies bactériennes et les infections invasives (septicémies, méningites). Le schéma vaccinal doit être individualisé par votre médecin traitant ou votre gériatre.
Vaccination contre le zona avec shingrix après 65 ans
Le zona est la réactivation du virus de la varicelle, souvent douloureuse, pouvant laisser des séquelles neurologiques durables (névralgies post-zostériennes) particulièrement invalidantes chez les seniors. Le vaccin recombinant Shingrix est désormais recommandé chez les personnes de 65 ans et plus, ainsi que chez les adultes à risque, pour prévenir la survenue du zona et de ses complications.
Administré en deux doses à quelques mois d’intervalle, ce vaccin offre une protection durable, avec une efficacité supérieure à 90 % chez les seniors dans les études récentes. Vous hésitez encore à vous faire vacciner ? Il faut savoir que les douleurs persistantes après un zona peuvent durer des mois, voire des années, et altérer profondément la qualité de vie. La vaccination constitue un moyen efficace d’éviter cette situation.
Rappel diphtérie-tétanos-poliomyélite tous les dix ans
Le calendrier vaccinal ne s’arrête pas à l’âge adulte. Les rappels pour la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP) restent indispensables toutes les 10 ans, y compris après 65 ans. Le tétanos, en particulier, est une maladie grave qui reste régulièrement observée chez des personnes âgées insuffisamment vaccinées, à la suite de blessures apparemment banales (coupure de jardinage, éraflure, etc.).
Lors de ces rappels, il est possible d’associer la vaccination contre la coqueluche si vous ne l’avez pas reçue à l’âge adulte, notamment si vous êtes en contact fréquent avec de jeunes enfants. Votre médecin ou votre pharmacien vaccinateur peut vérifier votre statut vaccinal et vous proposer un schéma de rattrapage personnalisé. Un simple carnet de vaccination à jour peut, à lui seul, vous éviter des infections graves et leurs conséquences sur votre autonomie.
Gestion pharmacologique et prévention de la iatrogénie
La polymédication (prise simultanée de plusieurs médicaments) est très fréquente chez les seniors, en raison de l’accumulation de maladies chroniques avec l’âge. Pourtant, chaque médicament supplémentaire augmente le risque d’interactions, d’effets indésirables et d’erreurs de prise. La prévention de la iatrogénie médicamenteuse – c’est-à-dire des complications provoquées par les traitements eux-mêmes – est donc un enjeu majeur pour vieillir en bonne santé.
Révision médicamenteuse systématique et déprescription raisonnée
Une révision régulière de l’ordonnance, au moins une fois par an, permet de vérifier l’utilité, l’efficacité et la tolérance de chaque traitement. Cette « révision médicamenteuse » peut être réalisée par le médecin traitant, le gériatre et le pharmacien, souvent de manière coordonnée. L’objectif est double : supprimer les médicaments devenus inutiles ou inadaptés (double emploi, indication disparue) et simplifier les schémas thérapeutiques pour améliorer l’observance.
La déprescription raisonnée ne signifie pas « arrêter tous les médicaments », mais au contraire ajuster finement le traitement pour qu’il reste bénéfique, avec le moins de risques possible. Les classes les plus souvent concernées sont certains psychotropes (benzodiazépines, somnifères), les anti-inflammatoires non stéroïdiens ou encore certains antiacides pris sur le long terme. En cas de doute, n’interrompez jamais un traitement de votre propre initiative : discutez-en toujours avec votre médecin.
Prévention des interactions médicamenteuses avec les cytochromes P450
Beaucoup de médicaments sont métabolisés par des enzymes du foie, notamment ceux de la famille des cytochromes P450. Lorsque plusieurs traitements utilisent la même voie métabolique, des interactions peuvent survenir : l’un peut augmenter ou diminuer la concentration de l’autre, modifiant ainsi son efficacité ou sa toxicité. Chez la personne âgée, ces interactions sont encore plus problématiques, car les réserves fonctionnelles hépatiques et rénales sont souvent diminuées.
Pour prévenir ces interactions, les prescripteurs utilisent des bases de données spécialisées et s’appuient sur les conseils du pharmacien. Certains aliments ou compléments (comme le jus de pamplemousse ou le millepertuis) peuvent également influencer l’activité des cytochromes P450 et interagir avec des médicaments courants (statines, anticoagulants, antiarythmiques). Là encore, il est essentiel de signaler à chaque professionnel de santé tous les produits que vous prenez, y compris les plantes et compléments « naturels ».
Ajustement posologique selon la fonction rénale et le débit de filtration glomérulaire
Avec l’âge, la fonction rénale diminue progressivement, même en l’absence de maladie rénale avérée. Le débit de filtration glomérulaire (DFG), calculé à partir de la créatininémie, permet d’estimer la capacité des reins à éliminer les médicaments et leurs métabolites. De nombreux traitements (antibiotiques, antidiabétiques, anticoagulants, analgésiques, etc.) nécessitent un ajustement de dose en fonction du DFG pour éviter une accumulation toxique.
Votre médecin traitant tient compte de ce paramètre lors de toute nouvelle prescription, en particulier en cas d’insuffisance rénale chronique. Des posologies plus faibles ou des intervalles de prise plus espacés peuvent être proposés, sans perte d’efficacité, mais avec beaucoup plus de sécurité. C’est un peu comme adapter la vitesse d’une voiture à l’état de la route : en ralentissant un peu, on réduit fortement le risque d’accident.
Stimulation cognitive et prévention du déclin neurocognitif
Préserver ses capacités intellectuelles et sa mémoire fait partie des principales préoccupations des seniors. La bonne nouvelle, c’est que le cerveau reste plastique tout au long de la vie : il peut continuer à se réorganiser et à créer de nouvelles connexions, à condition d’être stimulé régulièrement. La prévention du déclin neurocognitif repose sur un ensemble de stratégies combinant entraînement cérébral, vie sociale active et apprentissages nouveaux.
Entraînement cérébral avec méthode PQRST et ateliers mémoire
La méthode PQRST (Preview, Question, Read, Self-Recitation, Test) est une technique structurée pour améliorer la mémorisation des informations lues. En français, on pourrait la résumer ainsi : prévisualiser le texte, se poser des questions, le lire attentivement, se le redire à soi-même et enfin se tester. Cette approche active la mémoire à court et à long terme, tout en stimulant l’attention et la compréhension. Elle est particulièrement utile pour retenir des articles, des consignes médicales ou des documents administratifs.
Les ateliers mémoire proposés par les CCAS, les associations ou les maisons des seniors reposent souvent sur ce type de méthodes, combinées à des jeux cognitifs (mots croisés, associations d’images, exercices de logique). L’objectif n’est pas de « retrouver une mémoire de 20 ans », mais de optimiser les capacités existantes et de développer des stratégies de compensation. Comme pour un muscle, plus on sollicite régulièrement son cerveau, plus on entretient sa souplesse et sa résistance au vieillissement.
Activités sociales et bénévolat contre l’isolement social
L’isolement social et la solitude sont des facteurs de risque majeurs de dépression, de troubles anxieux et de déclin cognitif. À l’inverse, une vie sociale riche agit comme une « ceinture de sécurité » psychologique et cognitive. Les échanges réguliers avec des proches, des voisins, des membres d’associations ou des groupes de loisirs stimulent la mémoire, le langage, l’attention et les capacités d’adaptation.
Le bénévolat, en particulier, offre un double bénéfice : il renforce le sentiment d’utilité et de contribution à la société, tout en multipliant les interactions humaines. Qu’il s’agisse d’accompagner des enfants dans la lecture, de participer à la vie d’une association ou d’aider d’autres personnes âgées, chaque engagement est l’occasion de mobiliser des compétences et de nourrir l’estime de soi. Vous ne savez pas par où commencer ? Renseignez-vous auprès de votre mairie, de votre CCAS ou des plateformes de bénévolat qui répertorient les besoins près de chez vous.
Apprentissage continu : langues étrangères et nouvelles compétences numériques
Apprendre une nouvelle langue, se familiariser avec un instrument de musique ou découvrir les outils numériques (smartphone, tablette, visioconférence) sont des activités particulièrement utiles pour la prévention du déclin cognitif. Elles mobilisent simultanément la mémoire, l’attention, la planification et la motricité fine. C’est un peu comme demander à son cerveau d’explorer un nouveau territoire : il doit créer de nouveaux chemins, de nouvelles connexions, ce qui entretient sa plasticité.
Les ateliers d’initiation à l’informatique ou aux réseaux sociaux pour seniors, de plus en plus répandus, permettent aussi de rester connecté à ses proches, même à distance, et de réduire le sentiment de solitude. De la même manière, les cours de langues en ligne ou en présentiel offrent un cadre stimulant et convivial. Peu importe le domaine choisi : l’important est de continuer à apprendre, à être curieux et à se fixer de petits défis réguliers. C’est l’un des meilleurs investissements que vous puissiez faire pour votre santé cognitive à long terme.