Une personne âgée utilisant un déambulateur est accompagnée par un soignant dans un jardin d'EHPAD lumineux et moderne, vue de dos
Publié le 20 mai 2026

Placer un parent ou un conjoint en établissement médicalisé reste une décision difficile, souvent prise dans l’urgence après une hospitalisation ou une chute. Face aux plaquettes commerciales et aux visites guidées, comment distinguer un Ehpad réellement équipé pour accompagner la grande dépendance d’une structure sous-dotée ? Les données 2023 de l’enquête EHPA publiées par la DREES confirment que 85 % des résidents en établissement d’hébergement pour personnes âgées sont classés GIR 1 à 4, c’est-à-dire en perte d’autonomie reconnue. Plus de la moitié (55 %) se trouvent même en forte dépendance (GIR 1 ou 2). Dans ce contexte, évaluer l’adéquation entre le niveau de dépendance de votre proche et les moyens humains et matériels d’un établissement devient un enjeu de santé et de sécurité, bien au-delà du confort hôtelier.

ℹ Information importante

Ce guide est fourni à titre informatif et ne remplace pas une évaluation médicale personnalisée. Consultez le médecin traitant de votre proche et sollicitez un bilan gériatrique avant tout placement en EHPAD.

Vos 4 priorités pour évaluer un EHPAD en 30 secondes :

  • Vérifier le niveau GIR de votre proche via la grille AGGIR pour identifier ses besoins réels
  • Exiger le ratio personnel soignant jour et nuit (l’établissement doit pouvoir le communiquer)
  • Repérer la présence d’équipements adaptés : rails plafonniers, lève-personnes, lits médicalisés
  • Confirmer l’existence d’une unité protégée avec badge sécurisé si votre proche souffre de troubles cognitifs

Décrypter le niveau de dépendance réel de votre proche

Avant de visiter le moindre établissement, il est indispensable de connaître le degré exact de perte d’autonomie de la personne à placer. La grille AGGIR, référentiel national utilisé pour l’attribution de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie, classe les personnes âgées en six groupes (GIR 1 à GIR 6). Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’APA, comme le référentiel officiel AGGIR détaillé sur Service-Public.fr le précise. Cette évaluation, réalisée par l’équipe médico-sociale du département ou par le médecin coordonnateur en établissement, reste la clé pour orienter votre recherche vers un Ehpad réellement adapté.

L’évaluation AGGIR repose sur dix variables dites discriminantes, mais pour une famille, trois grandes dimensions suffisent à se faire une première idée. D’abord, la mobilité : votre proche peut-il se lever, se déplacer seul, ou nécessite-t-il une aide humaine et du matériel ? Ensuite, les fonctions cognitives : est-il orienté dans le temps et l’espace, cohérent dans ses propos, capable de se souvenir des événements récents ? Enfin, l’autonomie dans les gestes quotidiens : peut-il se laver, s’habiller, gérer son élimination sans assistance ? Ces trois axes permettent de situer rapidement le profil de dépendance avant l’évaluation officielle.

Le GIR 1 désigne une personne confinée au lit ou au fauteuil, dont les fonctions mentales sont gravement altérées et qui nécessite une présence continue de soignants. Le GIR 2 concerne les personnes confinées mais dont les fonctions mentales ne sont pas totalement altérées, ou bien les personnes dont les fonctions mentales sont altérées mais qui ont conservé une certaine mobilité (cas typique : Alzheimer avec déambulation). Le GIR 3 regroupe les personnes ayant conservé leur autonomie mentale mais qui ont besoin d’être aidées plusieurs fois par jour pour leur autonomie corporelle. Le GIR 4 correspond aux personnes ayant besoin d’aide pour se lever, se coucher, mais pouvant se déplacer seules à l’intérieur du logement. Chaque niveau appelle des moyens humains et matériels spécifiques.

Un résident classé GIR 1 nécessite des équipements lourds (rails plafonniers pour les transferts, matelas anti-escarres, présence infirmière quasi continue). Un résident GIR 2 atteint de la maladie d’Alzheimer, lui, a besoin d’un parcours sécurisé pour éviter les fugues. Selon les chiffres de la DREES, environ 38 % des personnes accueillies en établissement souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une pathologie apparentée en 2023, soit une hausse de 4 points par rapport à 2019. Connaître le GIR de votre proche vous permet de poser les bonnes questions lors de la visite et de vérifier que l’établissement dispose bien des moyens correspondants.

Pour orienter rapidement votre recherche selon le profil médical de votre proche, utilisez cet arbre décisionnel :

Quel type d’EHPAD selon le profil de votre proche ?

  • Si votre proche est classé GIR 1 (dépendance totale, grabataire) :
    Privilégiez un EHPAD médicalisé haute dépendance avec présence infirmière jour et nuit, équipements de transfert (rails plafonniers, lève-personnes) et ratio soignants renforcé.
  • Si votre proche est classé GIR 2 avec troubles cognitifs (Alzheimer déambulant) :
    Une unité protégée avec parcours fermé et badge sécurisé devient indispensable pour prévenir les fugues et assurer sa sécurité.
  • Si votre proche est classé GIR 3 ou 4 (aide partielle pour certains gestes) :
    Un EHPAD classique avec présence d’aides-soignants en journée et astreinte de nuit suffira généralement, à condition de vérifier le ratio personnel.

Les 5 signaux d’un EHPAD réellement équipé pour la grande dépendance

L’erreur la plus fréquente observée sur le terrain consiste à se concentrer sur l’aspect hôtelier de l’établissement (décoration des chambres, qualité de la restauration, variété des animations) en négligeant les critères médicaux déterminants. Pour une personne en GIR 1 ou 2, la qualité des soins prime sur le confort esthétique. Les associations de familles constatent régulièrement que cette confusion entre confort hôtelier et moyens médico-techniques conduit à des placements inadaptés, sources de souffrances pour le résident et de culpabilité pour les proches. Lors de votre visite dans les Ehpad à Saintes ou ailleurs, concentrez-vous sur cinq signaux concrets qui révèlent un établissement réellement dimensionné pour la grande dépendance.

Les rails plafonniers révèlent un établissement adapté à la grande dépendance



Voici les cinq signaux concrets qui révèlent un établissement réellement dimensionné pour la grande dépendance :

  1. Présence visible de rails plafonniers ou de lève-personnes dans les chambres accueillant des résidents à mobilité très réduite. Ces équipements garantissent des transferts sécurisés (lit-fauteuil, lit-salle de bain) et protègent autant le résident que le personnel soignant.
  2. Affichage du ratio personnel soignant. Un établissement transparent communique spontanément le nombre d’aides-soignants et d’infirmiers présents par tranche de résidents, de jour comme de nuit.
  3. Certification HAS (Haute Autorité de Santé), obligatoire depuis 2022, dont le rapport public doit pouvoir être consulté.
  4. Présence d’une unité protégée distincte avec badge d’accès, si l’établissement accueille des résidents atteints de troubles cognitifs.
  5. Système d’appel malade fonctionnel dans chaque chambre, avec un délai de réponse que vous pouvez tester discrètement lors de la visite.

Pour structurer votre visite et ne rien oublier, voici une grille d’évaluation concrète que vous pouvez imprimer et utiliser sur place :

Grille d’évaluation terrain : 12 points à vérifier lors de votre visite

  • Demander le ratio soignants jour et nuit (nombre d’AS et IDE pour combien de résidents)
  • Vérifier la présence de rails plafonniers ou lève-personnes dans les chambres grande dépendance
  • Repérer l’existence d’une unité protégée avec badge sécurisé (si troubles cognitifs)
  • Tester discrètement le système d’appel malade (sonnette) et observer le délai de réponse
  • Consulter le rapport de certification HAS (demander au directeur ou vérifier en ligne)
  • Observer la présence d’une infirmière diplômée d’État en journée et l’organisation de la permanence de nuit
  • Vérifier l’équipement des chambres : lits médicalisés, matelas anti-escarres si GIR 1
  • Interroger le directeur sur le taux de turnover du personnel soignant (signe de conditions de travail)
  • Demander à rencontrer le médecin coordonnateur ou obtenir ses coordonnées
  • Observer l’état général des résidents lors de la visite (hygiène, tenue, présence humaine)
  • Vérifier l’accessibilité des espaces communs et extérieurs (rampes, mains courantes, jardins sécurisés)
  • Interroger sur les protocoles en cas d’urgence médicale (lien avec SAMU, hôpital de proximité)

Ratio personnel soignant : la question qui dérange (et comment l’obtenir)

Contrairement à d’autres pays européens, la France ne dispose pas de seuil réglementaire national contraignant concernant le ratio personnel soignant par résident en EHPAD. La Haute Autorité de Santé formule des recommandations, mais celles-ci restent non opposables. Dans les faits, les ratios varient considérablement d’un établissement à l’autre, oscillant entre un soignant pour six à huit résidents dans les structures respectant les recommandations de bonnes pratiques et un soignant pour dix résidents ou plus dans les établissements sous-dotés. Cette opacité constitue un signal d’alerte majeur : un Ehpad qui refuse de communiquer son ratio ou qui botte en touche en parlant uniquement de « qualité d’accompagnement » cache souvent un sous-effectif chronique.

Cas pratique : Prenons l’exemple d’une famille qui place sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer dans un établissement dont la plaquette vante un « cadre chaleureux » et des « animations quotidiennes ». Après quelques semaines, la fille constate que les toilettes de sa mère sont espacées (une seule fois par jour au lieu de deux), que les sonnettes restent sans réponse pendant plus de quinze minutes, et que le personnel semble constamment débordé. En creusant, elle découvre que l’établissement fonctionne avec un ratio d’un soignant pour douze résidents en journée, et un seul aide-soignant de nuit pour tout un étage. Ce sous-dimensionnement chronique entraîne ce que les associations de familles appellent la « maltraitance passive » : pas de violence, mais une négligence par manque de temps et de moyens. C’est précisément pour éviter ce type de situation qu’exiger le ratio réel lors de la visite devient un critère non négociable. Un établissement qui refuse de communiquer ce chiffre ou qui répond de manière évasive doit être écarté de votre sélection, quelle que soit la qualité de sa plaquette commerciale.

Un point mérite une vigilance particulière lors de votre échange avec le directeur de l’établissement :

⚠ Vigilance : pourquoi certains EHPAD refusent de communiquer leur ratio

Si le directeur élude votre question sur le nombre exact de soignants présents par tranche de résidents, ou s’il se contente de répondre « nous respectons les normes en vigueur » sans donner de chiffre, considérez cela comme un signal d’alerte. La formulation exacte à utiliser lors de la visite est la suivante : « Quel est votre ratio d’aides-soignants et d’infirmiers diplômés d’État pour combien de résidents, de jour et de nuit, en semaine et le week-end ? » Exigez une réponse chiffrée précise. Un établissement transparent fournira ce chiffre sans détour.

Une fois l’EHPAD sélectionné selon ces critères médicaux, découvrez comment préparer l’entrée en maison de retraite pour faciliter l’adaptation de votre proche et anticiper les aspects administratifs et psychologiques du placement.

Unité protégée Alzheimer : obligatoire ou option marketing ?

La dénomination « unité protégée » ne fait l’objet d’aucune définition réglementaire stricte, ce qui laisse la porte ouverte à des abus marketing. Certains établissements appellent « espace Alzheimer » un simple étage dédié, sans parcours fermé ni badge d’accès sécurisé. Une vraie unité protégée se reconnaît à trois critères : un parcours architectural fermé avec badge obligatoire pour entrer et sortir, un personnel formé spécifiquement aux troubles cognitifs, et un ratio soignants renforcé par rapport au reste de l’établissement. Si votre proche souffre de déambulation liée à la maladie d’Alzheimer (profil GIR 2 typique), l’unité protégée devient une nécessité de sécurité, pas une option de confort.

Le badge sécurisé distingue une vraie unité protégée



Prenons une situation classique : une famille cherche un placement d’urgence pour un proche atteint d’Alzheimer après une hospitalisation consécutive à une chute. Dans la précipitation, elle visite un EHPAD qui présente un « espace Alzheimer » de dix chambres au deuxième étage. Lors de la visite, aucun badge n’est visible, la porte de l’étage reste ouverte en permanence, et le personnel n’a suivi aucune formation spécifique aux troubles cognitifs. Trois semaines après le placement, le résident fugue et se retrouve en errance dans le quartier pendant deux heures avant d’être retrouvé par les pompiers. Le transfert d’urgence vers un établissement doté d’une vraie unité protégée prend six semaines et génère un coût supplémentaire de réinstallation, sans compter le traumatisme pour le résident et sa famille. Cette situation dramatique aurait été évitée si l’établissement initial avait disposé d’une vraie unité protégée avec parcours fermé et badge sécurisé. Cet exemple illustre pourquoi la vérification concrète du système de sécurisation (tester le badge, observer les portes) lors de la visite initiale constitue une étape déterminante pour la sécurité de votre proche.

Pour clarifier cette distinction entre EHPAD classique et unité protégée, voici une comparaison multicritère objective. Ce tableau vous permet d’identifier rapidement si votre proche nécessite impérativement une unité protégée ou si un EHPAD standard suffira :

EHPAD classique ou unité protégée : le match en 5 critères
Critère EHPAD classique Unité protégée Alzheimer
Sécurité parcours Portes libres, risque de fugue élevé si troubles cognitifs Parcours fermé avec badge, prévention fugues garantie
Formation personnel Formation générale gériatrie Formation spécifique troubles cognitifs et méthode Montessori
Ratio soignants 1 soignant pour 8 à 12 résidents selon établissement 1 soignant pour 6 à 8 résidents (préconisation HAS)
Équipements spécifiques Mobilier standard, espaces communs ouverts Jardin thérapeutique sécurisé, salle Snoezelen, parcours sensoriel
Surcoût mensuel moyen Base tarifaire (variable selon région) Variable selon établissement et prestations (se renseigner lors de la visite)

Pour aller plus loin dans votre démarche, consultez la méthode détaillée pour comparer les maisons de retraite selon tous les paramètres qualité et financiers disponibles.

Vos questions les plus fréquentes sur l’évaluation d’un EHPAD

Voici les réponses aux interrogations les plus fréquentes remontées par les familles confrontées au choix d’un établissement adapté :

Questions fréquentes sur le choix d’un établissement adapté

Le niveau GIR de mon proche peut-il évoluer après son entrée en EHPAD ?

Oui, le GIR peut être réévalué à tout moment en cas d’évolution significative de l’état de santé. Le médecin coordonnateur de l’établissement ou la famille peuvent demander une nouvelle évaluation AGGIR si l’autonomie se dégrade ou, plus rarement, s’améliore. Cette réévaluation modifie le montant de l’APA en établissement et peut justifier un changement de section tarifaire dépendance.

Qui paie le surcoût si le GIR de mon proche s’aggrave ?

L’aggravation du GIR entraîne une hausse de l’APA versée par le Conseil Départemental, qui finance une partie du tarif dépendance. Toutefois, comme le confirme le portail officiel de la CNSA pour les personnes âgées, dans les 23 départements expérimentateurs depuis juillet 2025, le système change : la participation du résident devient forfaitaire (6,16 euros par jour dès janvier 2026), indépendamment du GIR. Renseignez-vous auprès de l’établissement pour savoir s’il est concerné par cette expérimentation ou s’il applique encore le système classique avec tarif dépendance indexé sur le GIR.

Comment vérifier la certification HAS d’un EHPAD en pratique ?

Les rapports de certification HAS sont publics et consultables en ligne sur le site has-sante.fr, rubrique « Scope Santé ». Il suffit de saisir le nom de l’établissement pour accéder au rapport complet, qui détaille les points forts et les axes d’amélioration identifiés lors de l’audit. Vous pouvez également demander directement au directeur de l’établissement de vous remettre une copie du dernier rapport de certification lors de votre visite.

Quel est le délai d’attente moyen pour obtenir une place en EHPAD médicalisé ?

Les délais varient fortement selon les départements, le niveau de dépendance et le caractère urgent ou programmé du placement. Dans les grandes villes, comptez généralement entre trois et six mois pour une demande standard. En cas d’urgence (sortie d’hospitalisation), certains EHPAD disposent de places prioritaires réservées en lien avec les services sociaux hospitaliers. L’assistante sociale de l’hôpital peut vous orienter et accélérer les démarches si la situation médicale le justifie.

Peut-on changer d’EHPAD si l’établissement ne convient plus ?

Oui, le résident ou sa famille peuvent mettre fin au contrat de séjour à tout moment, sous réserve de respecter un préavis (généralement un mois). En pratique, un transfert nécessite de trouver une place disponible dans un autre établissement, ce qui peut prendre plusieurs semaines. Il est recommandé de documenter les motifs du départ (problèmes de soins, sous-effectif constaté, incidents répétés) afin de faciliter les démarches et, si nécessaire, de saisir l’Agence Régionale de Santé pour signaler des dysfonctionnements graves.

⚠ Limites de ce guide et précautions

  • Ce guide ne remplace pas une évaluation gériatrique complète par un médecin coordonnateur
  • Les critères d’évaluation présentés sont indicatifs et doivent être adaptés à l’état de santé spécifique de votre proche
  • Les ratios personnel-résidents et équipements peuvent évoluer après votre visite (vérifier lors du contrat de séjour)

Risques identifiés :

  • Risque de placement inadapté si le niveau GIR évolue rapidement (réévaluation nécessaire tous les six mois en cas de pathologie évolutive)
  • Risque de sous-dotation en personnel soignant dans les EHPAD ne publiant pas leur ratio réel (exiger données chiffrées)
  • Risque médico-légal si l’EHPAD ne dispose pas d’unité protégée pour un proche atteint d’Alzheimer déambulant

Organisme à consulter : Médecin traitant, gériatre ou médecin coordonnateur d’EHPAD pour toute décision de placement.

Rédigé par Martine Gauthier, rédactrice web spécialisée dans les enjeux du grand âge et de la dépendance, s'attachant à décrypter les réglementations médico-sociales et à traduire le jargon administratif en conseils pratiques pour les familles confrontées au placement en EHPAD.