
Atteindre la soixantaine marque une étape charnière dans la gestion patrimoniale. Cette période de transition nécessite une réflexion approfondie sur les stratégies d’épargne retraite, particulièrement dans un contexte où l’espérance de vie s’allonge et les besoins financiers évoluent. Les dispositifs d’épargne retraite disponibles après 60 ans offrent des opportunités uniques d’optimisation fiscale et patrimoniale, à condition de maîtriser leurs spécificités techniques et réglementaires.
La diversité des solutions disponibles peut sembler complexe, mais elle permet une personnalisation fine selon votre situation fiscale et vos objectifs patrimoniaux. Entre les plans d’épargne retraite, l’assurance-vie multisupports, l’épargne salariale tardive et les placements immobiliers, chaque option présente des avantages distincts qu’il convient d’évaluer soigneusement.
PERP et PER individuel : optimisation fiscale pour les sexagénaires
L’évolution réglementaire de 2019 a transformé le paysage de l’épargne retraite avec l’introduction du Plan d’Épargne Retraite. Cette réforme a unifié les anciens dispositifs tout en conservant leurs avantages fiscaux essentiels. Pour les investisseurs de plus de 60 ans, cette transition ouvre de nouvelles perspectives d’optimisation, particulièrement intéressantes pour ceux qui disposent encore de revenus professionnels ou de revenus fonciers conséquents.
La déductibilité fiscale des versements constitue l’atout principal de ces dispositifs. Le plafond de déduction peut atteindre jusqu’à 10% des revenus professionnels, avec un minimum garanti qui permet même aux personnes sans revenus d’activité de bénéficier d’une déduction annuelle. Cette caractéristique rend ces plans particulièrement attractifs pour les sexagénaires en situation de cumul emploi-retraite ou percevant des revenus locatifs importants.
Plan d’épargne retraite populaire : déductibilité après 60 ans
Bien que les nouveaux PERP ne soient plus commercialisés depuis octobre 2020, les contrats existants conservent leurs caractéristiques originelles. Les détenteurs de PERP après 60 ans peuvent continuer à alimenter leur plan, bénéficiant ainsi de la déductibilité fiscale même après la liquidation de leurs droits à retraite. Cette possibilité s’avère particulièrement intéressante pour les contribuables fortement imposés.
La stratégie optimale consiste à maximiser les versements déductibles pendant les années de forte imposition, puis à opter pour une sortie en capital lorsque le taux marginal d’imposition sera plus faible. Cette approche peut générer une économie fiscale substantielle, d’autant plus que les versements effectués après 60 ans restent immédiatement disponibles en cas de besoin urgent.
PER assurance versus PER compte-titres : impact sur la sortie en capital
Le choix entre un PER sous forme d’assurance ou de compte-titres influence directement les modalités de transmission et de sortie. Le PER assurance bénéficie des avantages successoraux de l’assurance-vie, avec notamment l’exonération de droits de succession dans la limite de 152 500 euros par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans.
En revanche, le PER compte-titres offre une plus grande liberté dans le choix des supports d’investissement et permet une gestion plus active du por
tefeuille, ce qui séduira les épargnants avertis souhaitant piloter eux‑mêmes leur allocation d’actifs.
Sur le plan fiscal, la sortie en capital d’un PER compte-titres suit les règles de droit commun du PER : imposition au barème de l’impôt sur le revenu pour la part correspondant aux versements déduits, et prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % sur les gains. À l’inverse, le PER assurance permet, en cas de décès, de bénéficier d’un cadre fiscal proche de l’assurance-vie, particulièrement intéressant pour organiser la transmission après 60 ans. Le choix entre ces deux enveloppes doit donc se faire en fonction de votre priorité : flexibilité de gestion ou optimisation successorale.
Pour un sexagénaire fortement imposé, une combinaison des deux approches peut être pertinente : un PER compte-titres pour profiter d’une architecture financière ouverte et d’une gestion active jusqu’à 70 ans, puis des transferts progressifs vers un PER assurance afin de préparer la transmission dans les meilleures conditions fiscales. Vous disposez ainsi d’un « réservoir fiscal » pour réduire votre impôt à court terme, tout en sculptant progressivement votre héritage financier.
Abondement employeur et transferts de droits DIF-CPF
À l’approche de la retraite, il est fréquent de négliger les dispositifs d’épargne salariale, pourtant encore accessibles dans la soixantaine. Lorsque votre entreprise propose un PER d’entreprise collectif ou obligatoire, l’abondement employeur peut constituer un levier puissant pour doper votre effort d’épargne sans augmenter votre charge nette. Concrètement, chaque euro versé volontairement peut être complété, dans certaines limites, par un abondement partiellement exonéré d’impôt et de charges sociales.
Parallèlement, les droits issus du DIF puis du CPF, historiquement dédiés à la formation, ne sont pas directement transférables sur un PER, mais ils peuvent financer des formations de reconversion ou de prolongation d’activité qui maintiendront vos revenus plus longtemps. Indirectement, cette stratégie prolonge votre capacité à alimenter votre épargne retraite en profitant encore de la déductibilité fiscale. En fin de carrière, optimiser l’utilisation de ces droits (formation, VAE, montée en compétences) revient à investir dans votre capital humain pour soutenir votre capital financier.
De nombreux sexagénaires ignorent qu’ils disposent encore de reliquats de droits non consommés sur leur compte CPF. Faire un bilan avec les ressources humaines ou consulter son espace en ligne permet souvent de découvrir un « capital formation » dormant. Utilisé intelligemment, ce capital peut vous aider à maintenir un revenu d’activité quelques années de plus, ce qui augmentera à la fois vos droits à retraite et votre capacité de versement sur vos dispositifs d’épargne retraite.
Rente viagère indexée : calcul actuariel et tables de mortalité TGH05-TGF05
Au moment de la liquidation de votre PER ou de votre PERP, vous avez le choix entre une sortie en capital, en rente viagère ou un mix des deux. La rente viagère repose sur un calcul actuariel qui intègre plusieurs paramètres : votre âge au moment de la liquidation, votre sexe, les tables de mortalité réglementaires (TGH05 pour les hommes, TGF05 pour les femmes), ainsi que le taux technique retenu par l’assureur. Plus l’espérance de vie moyenne augmente, plus le montant de la rente annuelle diminue à capital constant.
Pour maintenir votre pouvoir d’achat dans le temps, il est souvent pertinent de privilégier une rente viagère indexée (sur l’inflation ou sur un indice de référence), même si le montant initial sera inférieur à celui d’une rente non indexée. On peut comparer cela à un « loyer à vie » : mieux vaut un loyer qui augmente légèrement chaque année plutôt qu’un montant fixe qui s’érode sous l’effet de l’inflation. Les tables TGH05-TGF05, réactualisées, traduisent l’allongement de l’espérance de vie et rendent ce choix d’autant plus structurant pour un sexagénaire.
Avant de convertir votre capital en rente, il est essentiel de demander plusieurs simulations en jouant sur les options : réversion au conjoint, annuités garanties, indexation, âge de départ. Chaque option a un coût implicite, qui se traduit par une baisse du montant initial de la rente. Vous pouvez ainsi construire une « rente sur mesure » qui couvrira vos dépenses fixes incompressibles, tandis que le reste de votre patrimoine (assurance-vie, comptes-titres, immobilier) restera disponible pour vos projets et imprévus.
Assurance-vie multisupports : stratégies patrimoniales post-sexagénaire
Au-delà du PER, l’assurance-vie multisupports demeure l’outil central de l’épargne retraite après 60 ans. Sa souplesse de fonctionnement, sa fiscalité avantageuse après huit ans et ses atouts en matière de succession en font une enveloppe incontournable pour compléter votre retraite. Vous pouvez y combiner des fonds euros sécurisés et des unités de compte plus dynamiques, en ajustant progressivement le curseur du risque à mesure que vous avancez en âge.
Pour un sexagénaire, l’assurance-vie ne se limite plus à l’accumulation de capital : elle devient un véritable « compte de résultat personnel », permettant d’arbitrer entre rendement, liquidité et transmission. La question n’est plus seulement « combien épargner ? » mais « comment structurer vos contrats pour financer vos besoins sur 20 à 30 ans ? ». C’est dans cette optique que le choix des fonds euros et des unités de compte prend tout son sens.
Fonds euros garantis : rendements generali vie et CNP assurances
Les fonds euros restent la brique de sécurité de tout contrat d’assurance-vie multisupport, en particulier après 60 ans. Le capital y est garanti par l’assureur, et les intérêts définitivement acquis chaque année (« effet cliquet »). Ces dernières années, les grands acteurs comme Generali Vie ou CNP Assurances ont progressivement relevé leurs taux servis, sous l’effet de la remontée des taux obligataires. On observe ainsi des rendements moyens bruts autour de 2,5 % à 3,5 % sur les meilleurs fonds en 2024, avant prélèvements sociaux.
Pour autant, tous les fonds euros ne se valent pas. Certains contrats conditionnent l’accès à leur fonds euros « boostés » à un minimum d’investissement en unités de compte, tandis que d’autres appliquent des frais plus modérés mais avec un rendement légèrement inférieur. Après 60 ans, il est souvent recommandé de conserver une poche sécurisée de 30 % à 60 % de votre assurance-vie en fonds euros, en fonction de votre tolérance au risque et de vos autres revenus récurrents (pensions, loyers). Cette poche joue le rôle de « matelas de sécurité » pour absorber les à-coups des marchés financiers.
Comparer les rendements historiques des fonds euros Generali Vie, CNP Assurances ou d’autres grands assureurs n’a de sens que si l’on tient compte des frais de gestion, des conditions d’accès et de la politique de participation aux bénéfices. Un fonds euros légèrement moins performant mais plus stable et sans contraintes d’allocation peut s’avérer plus adapté pour un investisseur prudent à partir de 65 ans. L’important est de garder en tête que la sécurité a un prix : un rendement réel souvent à peine supérieur à l’inflation, mais une volatilité quasi nulle.
Unités de compte ESG : allocation SCPI et fonds actions européennes
À 60 ans, faut-il encore investir en unités de compte ? Oui, à condition de le faire avec méthode. Les unités de compte (UC) permettent de doper le rendement à long terme de votre assurance-vie, en contrepartie d’un risque de perte en capital. Les supports ESG (environnement, social, gouvernance) rencontrent un intérêt croissant chez les sexagénaires soucieux de donner du sens à leur patrimoine tout en cherchant la performance. Ils regroupent aussi bien des fonds actions européennes responsables que des supports immobiliers verts.
Une allocation type peut combiner des SCPI logées en assurance-vie, offrant des revenus potentiels réguliers issus de l’immobilier locatif, avec des fonds actions européennes ESG pour capter la croissance des entreprises engagées dans la transition énergétique ou la santé. On peut comparer cette combinaison à un « duo racines et feuillage » : les SCPI assurent la stabilité du tronc (revenus réguliers), tandis que les fonds actions forment le feuillage, plus volatile mais porteur de croissance à long terme.
Pour un investisseur de plus de 60 ans, la clé consiste à calibrer cette poche d’unités de compte : 20 % à 40 % du contrat pour un profil équilibré, davantage si vos autres revenus sont très sécurisés. Il est également judicieux de privilégier des fonds à frais réduits, idéalement des ETF ESG, afin de limiter l’érosion du rendement par les frais de gestion. Une revue annuelle de votre allocation, avec des arbitrages progressifs vers le fonds euros en cas de forte hausse des marchés, vous permettra de cristalliser les gains tout en maîtrisant le risque.
Succession programmée : clause bénéficiaire et exonération droits après 70 ans
L’assurance-vie est un instrument de transmission particulièrement puissant après 60 ans, à condition de bien rédiger la clause bénéficiaire. Avant 70 ans, les primes versées bénéficient d’un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, tous contrats confondus, avec une taxation forfaitaire avantageuse au-delà. Après 70 ans, les primes sont soumises à un abattement global de 30 500 €, mais les intérêts et plus-values restent exonérés de droits de succession, ce qui est souvent méconnu.
Concrètement, verser de nouvelles primes après 70 ans n’est pas dénué d’intérêt : vous transformez un capital imposable à la succession en une enveloppe dont seule la partie « primes » est taxable, les gains étant transmis nets de droits. Pour un sexagénaire, programmer dès maintenant la répartition entre versements avant et après 70 ans permet d’optimiser cet avantage. La rédaction fine de la clause bénéficiaire (bénéficiaires de premier et second rang, représentation, démembrement) vous offre en outre une grande souplesse pour protéger votre conjoint tout en favorisant vos enfants ou petits-enfants.
Vous pouvez ainsi prévoir une clause du type « mon conjoint usufruitier, mes enfants nus-propriétaires », ou encore introduire des conditions (âge minimal, utilisation des fonds) dans la limite de ce que le droit civil permet. Cette « succession programmée » via l’assurance-vie vous permet de garder la main sur votre capital de votre vivant, tout en organisant une transmission fiscalement efficiente et conforme à vos valeurs familiales.
Rachats partiels programmés : optimisation de la fiscalité PFU 12,8%
Après 60 ans, l’assurance-vie devient aussi un outil de revenus complémentaires grâce aux rachats partiels programmés. Il s’agit de retraits automatiques, mensuels ou trimestriels, paramétrés selon un montant ou un pourcentage du contrat. Fiscalement, seuls les intérêts inclus dans chaque rachat sont imposés, soit au barème de l’impôt sur le revenu, soit au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 12,8 % (auxquels s’ajoutent les 17,2 % de prélèvements sociaux).
En pratique, il est souvent intéressant de combiner ces rachats programmés avec l’abattement annuel disponible après huit ans de contrat (4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple) sur la part d’intérêts retirés. En calibrant finement le montant des retraits, vous pouvez ainsi percevoir un complément de revenu quasi exonéré d’impôt, tout en laissant le reste du capital continuer à fructifier. C’est un peu comme si vous récoltiez régulièrement les fruits de votre arbre patrimonial, sans abattre le tronc.
Cette stratégie suppose toutefois de bien suivre la part d’intérêts dans chaque rachat, information fournie annuellement par l’assureur. Un accompagnement par un conseiller peut vous aider à simuler différents scénarios de retraits pour lisser au mieux votre fiscalité sur l’ensemble de votre retraite, en profitant de vos tranches d’imposition les plus basses année après année.
Épargne salariale tardive : PEE et PERCO en fin de carrière
Contrairement à une idée reçue, l’épargne salariale ne concerne pas uniquement les trentenaires et les quadragénaires. Même à l’approche de la retraite, un PEE (Plan d’Épargne Entreprise) ou un PERCO (ou son successeur, le PERECO) peuvent constituer des véhicules efficaces pour capitaliser des primes (intéressement, participation) dans un cadre fiscal avantageux. Les dernières années de carrière, souvent les mieux rémunérées, sont l’occasion de profiter au maximum des abondements employeur et des exonérations.
Pour les sexagénaires, l’horizon de placement est plus court, mais cela ne signifie pas que ces dispositifs perdent leur intérêt. En pratique, le PEE peut servir de relais de trésorerie à moyen terme (cinq ans), tandis que le PERCO ou PERECO s’intègre plus directement dans votre stratégie d’épargne retraite, avec une sortie possible en capital ou en rente au moment de la liquidation de vos droits.
Plan d’épargne entreprise : déblocage anticipé et cas de force majeure
Le PEE est structuré autour d’une durée de blocage standard de cinq ans, mais de nombreux cas de déblocage anticipé sont prévus par la loi : départ à la retraite, acquisition ou remise en état de la résidence principale, mariage, naissance d’un troisième enfant, cessation de contrat de travail, incapacité, surendettement, etc. Pour un salarié de plus de 60 ans, le départ à la retraite constitue évidemment l’horizon naturel de déblocage, mais les autres cas peuvent apporter une souplesse appréciable en cas de besoin important de liquidités.
Dans une approche globale d’épargne retraite, le PEE peut être vu comme une « antichambre » du PER ou de l’assurance-vie. Plutôt que de percevoir immédiatement les primes d’intéressement et de participation, vous les placez sur le PEE, éventuellement complétées par un abondement employeur. Au moment opportun (retraite, projet immobilier, coup dur), vous débloquez ces sommes avec une fiscalité généralement allégée sur les gains, sous réserve du respect des conditions légales. C’est une façon d’optimiser vos ressources sans immobiliser définitivement votre capital.
PERCO-I : transfert vers PER et maintien de l’abondement différé
Le PERCO (ou PERCO-I lorsqu’il est interentreprises) a été progressivement remplacé par le nouveau Plan d’Épargne Retraite d’entreprise collectif (PERECO), mais de nombreux contrats historiques subsistent. Ils offrent souvent des conditions d’abondement intéressantes, que ce soit sur les versements volontaires, l’intéressement ou la participation. Pour un salarié en fin de carrière, continuer à alimenter un PERCO/PERECO reste une stratégie pertinente, d’autant que les sommes peuvent, à terme, être transférées vers un PER individuel si cela s’avère plus avantageux.
Le transfert d’un PERCO vers un PER individuel permet de regrouper vos droits retraite dans une seule enveloppe, plus simple à piloter, tout en conservant la nature des compartiments (épargne salariale, versements individuels, cotisations obligatoires). Attention toutefois : avant d’envisager un transfert, il est indispensable de vérifier si des abondements différés ou conditionnels ne seraient pas perdus en route. Parfois, patienter quelques mois ou années supplémentaires permet de bénéficier au maximum de l’effort contributif de l’employeur.
En pratique, un sexagénaire encore en activité a tout intérêt à demander un état détaillé de ses avoirs d’épargne salariale (PEE, PERCO, PERECO, article 83) et à simuler différents scénarios de transfert vers un PER individuel. L’objectif est de construire une architecture patrimoniale cohérente, où chaque brique (épargne salariale, PER, assurance-vie, immobilier) a un rôle clairement défini dans le financement de votre retraite.
Stock-options et actions gratuites : plus-values à long terme après 60 ans
Les cadres et dirigeants approchant la retraite disposent souvent de stock-options ou d’actions gratuites issues de plans d’actionnariat salarié. Ces instruments peuvent représenter une part significative de leur patrimoine financier, avec un potentiel de plus-value important mais aussi une volatilité élevée. La question centrale à 60 ans est : faut-il exercer, conserver ou céder ces titres ?
La réponse dépend à la fois de la situation de l’entreprise, de votre concentration de risque et de votre horizon de vie. Sur le plan fiscal, les plus-values de cession sont généralement imposées au PFU de 30 %, mais des régimes spécifiques peuvent s’appliquer selon la date d’attribution et la durée de détention. Une stratégie fréquente consiste à étaler les exercices et les ventes sur plusieurs années afin de lisser l’impact fiscal et de réduire la dépendance à un seul titre.
Dans une logique d’épargne retraite, transformer progressivement ces actions ou options en supports plus diversifiés (fonds, ETF, SCPI) permet de sécuriser le capital accumulé tout au long de votre carrière. On peut comparer ces plans d’actionnariat à une fusée : extrêmement performante pour la phase de décollage (constitution rapide de patrimoine), mais qu’il faut détacher à temps pour passer en « orbite stable » grâce à une diversification adaptée à la retraite.
Livrets réglementés et épargne défiscalisée : liquidité préservée
À partir de 60 ans, la liquidité de votre épargne devient un enjeu majeur. Les livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP) et certaines solutions défiscalisées (épargne populaire, comptes sur livret à fiscalité allégée) jouent ici un rôle clé. Ils ne constituent pas des placements retraite à proprement parler, mais plutôt une réserve de précaution indispensable pour faire face aux dépenses imprévues : santé, travaux, aide aux enfants, remplacement d’un véhicule, etc.
Le Livret A et le LDDS offrent une rémunération modeste, mais une disponibilité totale et une garantie de l’État, sans impôt ni prélèvements sociaux sur les intérêts. Pour les foyers éligibles, le Livret d’Épargne Populaire (LEP) affiche historiquement un taux supérieur, en contrepartie de plafonds plus bas. Un sexagénaire peut ainsi constituer une épargne de précaution équivalente à 3 à 12 mois de dépenses courantes sur ces supports, avant d’investir le surplus sur des enveloppes plus rémunératrices comme l’assurance-vie ou le PER.
Vous pouvez considérer ces livrets comme votre « compte courant de sécurité » : il ne s’agit pas de faire fructifier massivement votre patrimoine, mais de vous assurer que vous ne serez jamais contraint de vendre vos placements à long terme dans un mauvais contexte de marché. Cette approche par « couches de liquidité » (livrets, assurance-vie en fonds euros, unités de compte, immobilier) est particulièrement adaptée aux retraités qui souhaitent concilier sérénité et performance.
Immobilier locatif : LMNP et SCPI de rendement après 60 ans
L’immobilier locatif reste un pilier de la préparation de la retraite, même après 60 ans. Toutefois, la stratégie doit évoluer : il ne s’agit plus nécessairement de s’endetter lourdement sur 25 ans, mais plutôt de rationaliser et d’optimiser un parc existant, ou de recourir à des formes d’investissement moins contraignantes comme le LMNP (loueur en meublé non professionnel) ou les SCPI de rendement. L’objectif est de générer des revenus complémentaires réguliers, idéalement faiblement fiscalisés, sans se créer une charge de gestion excessive.
Le statut de LMNP, en location meublée classique ou en résidence de services (étudiants, seniors, tourisme), permet de déduire les charges et d’amortir le bien, ce qui peut fortement réduire, voire annuler, le résultat imposable pendant de nombreuses années. À 60 ans, basculer un ou plusieurs biens nus vers la location meublée peut donc être une piste intéressante pour alléger votre fiscalité locative, à condition d’en maîtriser les contraintes (bail, mobilier, réglementation).
Les SCPI de rendement, quant à elles, permettent d’accéder à un portefeuille mutualisé d’immeubles (bureaux, commerces, santé, logistique) avec un ticket d’entrée limité. Logées en direct ou via un contrat d’assurance-vie, elles versent des revenus potentiels trimestriels sous forme de dividendes. Pour un retraité, elles offrent un compromis attractif : exposition à l’immobilier, mutualisation du risque locatif et externalisation totale de la gestion. La contrepartie réside dans la faible liquidité des parts et dans la sensibilité des revenus à la conjoncture économique.
Enfin, il est essentiel d’inscrire tout investissement immobilier dans une vision globale de votre patrimoine retraite. Arriver à 65 ou 70 ans avec un endettement encore important peut réduire votre capacité de manœuvre en cas de baisse de revenus ou de besoin médical. Une démarche de « désendettement progressif », couplée à une éventuelle vente de biens peu rentables au profit d’actifs plus liquides (SCPI, assurance-vie), vous permettra de sécuriser votre niveau de vie tout en conservant un socle immobilier adapté à vos objectifs de transmission.