L’accessibilité d’un logement pour les personnes à mobilité réduite ne se résume pas à installer quelques équipements ponctuels. Elle nécessite une réflexion globale sur la circulation intérieure, où chaque détail compte. Parmi les éléments fondamentaux figurent la largeur des portes et la suppression des seuils, deux obstacles souvent sous-estimés qui conditionnent pourtant l’autonomie quotidienne. Un seuil de quelques centimètres peut devenir un obstacle insurmontable pour un fauteuil roulant, tandis qu’une porte trop étroite transforme chaque passage en manœuvre périlleuse. Face au vieillissement de la population et à l’augmentation des situations de handicap, adapter les logements devient une nécessité sociale et réglementaire. Ces aménagements, loin d’être de simples contraintes techniques, représentent des investissements qui valorisent le patrimoine immobilier tout en garantissant sécurité et confort à long terme.

## Cadre réglementaire de l’accessibilité PMR : normes NF P91-120 et décret du 17 mai 2006

La législation française encadre strictement l’accessibilité des logements depuis la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances. Le décret du 17 mai 2006, complété par les arrêtés d’application, définit les caractéristiques techniques que doivent respecter les constructions neuves et les rénovations importantes. Ces textes s’appuient sur la norme NF P91-120 qui établit les dimensions minimales pour garantir un usage autonome des espaces par les personnes en fauteuil roulant. Cette réglementation ne constitue pas une simple recommandation : elle s’impose aux maîtres d’ouvrage, architectes et constructeurs sous peine de sanctions administratives et pénales. Comprendre ces exigences permet d’anticiper les travaux nécessaires et d’éviter les non-conformités coûteuses.

Largeur minimale de passage de 90 cm pour les portes d’entrée et de circulation

La largeur réglementaire des portes représente le premier critère d’accessibilité. Le texte impose une largeur minimale de passage utile de 83 cm, ce qui correspond à une porte dont le vantail mesure 90 cm de large. Cette dimension permet le franchissement aisé d’un fauteuil roulant standard dont la largeur varie entre 60 et 70 cm, en laissant une marge de manœuvre indispensable pour les mains et les bras. Les portes standard de 73 ou 80 cm, courantes dans l’ancien, ne satisfont pas cette exigence. Élargir une ouverture implique souvent des travaux de maçonnerie conséquents, particulièrement lorsqu’il s’agit de murs porteurs nécessitant la pose d’un linteau renforcé. L’investissement reste cependant rentable car il transforme radicalement l’expérience quotidienne des occupants.

Ressaut maximal de 2 cm et pente inférieure à 5% pour les seuils

Les seuils constituent des obstacles fréquemment négligés lors des diagnostics d’accessibilité. La réglementation autorise un ressaut maximal de 2 centimètres, à condition que ses bords soient arrondis ou chanfreinés pour faciliter le franchissement. Au-delà de cette hauteur, une rampe d’accès devient obligatoire, avec une pente qui ne peut excéder 5% sur une longueur inférieure à 2 mètres. Un ressaut de 4 cm nécessite donc théoriquement une rampe de 80 cm, dimension rarement disponible dans les configurations existantes. Ces contraintes expliquent pourqu

oi les projets sérieux d’adaptation cherchent à supprimer totalement ces ruptures de niveau, ou à les compenser par des dispositifs très discrets et parfaitement stables. À l’usage, la différence est immense : une surface vraiment plane permet des déplacements sans effort, y compris pour les aidants qui poussent un fauteuil ou transportent du matériel.

Obligations des logements neufs et des bâtiments d’habitation collectifs existants

Le décret du 17 mai 2006 et ses arrêtés d’application distinguent clairement les constructions neuves des bâtiments d’habitation collectifs existants. Dans le neuf, les portes d’entrée des logements, les portes des pièces principales et les circulations communes doivent respecter d’emblée les largeurs et hauteurs de ressaut prévues par la norme NF P91-120. Les accès aux balcons, terrasses ou jardins privatifs sont eux aussi concernés : le seuil des portes-fenêtres doit permettre le passage d’un fauteuil roulant sans franchissement dangereux.

Pour les bâtiments collectifs existants, l’obligation porte surtout sur les parties communes lors de travaux importants ou de création de logements. Les halls, couloirs, entrées de caves et locaux techniques accessibles au public doivent alors intégrer des largeurs de porte suffisantes, des seuils plats et, si besoin, des rampes conformes. En pratique, beaucoup de copropriétés en profitent pour revoir l’ensemble du cheminement : portes d’immeuble à 90 cm, digicodes à bonne hauteur, éclairages automatiques, ou encore suppression des barres de seuil métalliques saillantes.

Dans le logement privé lui-même, aucune mise en accessibilité intégrale n’est imposée en l’absence de travaux lourds. En revanche, dès que l’on touche à la structure (ouvertures, redistribution des pièces, rénovation globale), les règles d’accessibilité deviennent une référence incontournable. Ignorer ces obligations, c’est prendre le risque de devoir reprendre des travaux déjà réalisés, voire de se voir refuser certaines autorisations administratives.

Dérogations et adaptations possibles en logement individuel

Les maisons individuelles et les petits immeubles anciens ne peuvent pas toujours atteindre un niveau d’accessibilité parfait, faute d’espace ou en raison de contraintes structurelles. La réglementation prévoit donc des possibilités de dérogation, notamment lorsque l’élargissement d’une porte mettrait en péril un mur porteur ou qu’une rampe PMR empiéterait excessivement sur le domaine public. Ces dérogations doivent cependant rester l’exception et être dûment justifiées auprès de l’autorité compétente (mairie ou préfecture).

En pratique, on privilégiera des adaptations fonctionnelles même si la conformité absolue n’est pas atteignable. Par exemple, conserver une porte de 80 cm mais la rendre coulissante et dégager totalement ses abords peut suffire pour certains fauteuils ou déambulateurs. De même, un seuil de 3 cm peut être rendu franchissable grâce à un chanfrein caoutchouc ou une mini-rampe amovible bien fixée. L’objectif n’est pas seulement de « cocher des cases », mais de permettre à la personne de se déplacer réellement de façon autonome, dans un cadre sécurisé.

Pour trancher entre ce qui est indispensable et ce qui est souhaitable, l’accompagnement par un ergothérapeute ou un spécialiste de l’accessibilité se révèle précieux. Il ou elle pourra vous aider à arbitrer entre normes théoriques et solutions réalistes, en tenant compte de la configuration de votre logement et du budget disponible.

Élargissement des portes : techniques de modification structurelle et menuiserie adaptée

Dépose du bâti existant et agrandissement de l’ouverture murale

Élargir une porte pour atteindre une largeur de 90 cm ne consiste pas simplement à changer de vantail : c’est un véritable travail de structure. La première étape consiste à déposer le bâti existant (dormant de la porte), après avoir protégé les sols et vérifié la nature du mur. S’agit-il d’une simple cloison en plaques de plâtre ou d’un mur porteur en maçonnerie pleine ? La réponse conditionne totalement la méthode et le coût des travaux.

Dans le cas favorable d’une cloison non porteuse, l’entreprise retire le dormant puis découpe proprement la cloison à la scie sabre ou à la scie circulaire pour élargir l’ouverture. Les montants sont renforcés si nécessaire, puis un nouveau bâti adapté aux dimensions PMR est posé. Sur un mur porteur, l’intervention devient plus délicate : il faut étayer provisoirement la structure, mettre en place un linteau ou une poutre métallique dimensionnés par un bureau d’études, puis recreuser le passage. C’est l’une des raisons pour lesquelles un diagnostic d’accessibilité en amont est indispensable.

Vous vous demandez s’il est possible d’élargir toutes les portes d’un couloir étroit ? Dans certains cas, l’architecte proposera de supprimer totalement ce couloir pour gagner en largeur de circulation et créer un espace plus ouvert. On replace alors les portes, on revoit le cloisonnement, et l’on gagne à la fois en accessibilité et en luminosité. Ces travaux sont plus lourds, mais ils peuvent transformer un logement ancien en un espace réellement adapté, sans multiplier les compromis.

Installation de blocs-portes PMR à passage utile de 83 cm minimum

Une fois l’ouverture murale agrandie, vient le choix du bloc-porte. Pour respecter la largeur de passage utile de 83 cm, on opte généralement pour un bloc-porte de 90 cm de largeur de vantail, voire 93 cm pour anticiper les épaisseurs de huisserie et les joints. Les fabricants proposent désormais des blocs-portes PMR prêts à poser, avec huisserie renforcée, seuil réduit, ferrages adaptés et parfois joints spécifiques pour l’acoustique et l’étanchéité à l’air.

Au-delà de la dimension, les caractéristiques fonctionnelles jouent un rôle central. Le temps de fermeture doit permettre à une personne à mobilité réduite de franchir la porte sans précipitation. Dans les parties communes, on privilégiera des ferme-portes à force réglable, voire des motorisations pour les accès principaux. Le sens d’ouverture (poussant ou tirant) doit aussi être choisi en tenant compte des aires de rotation du fauteuil : une porte poussant vers l’extérieur peut, dans certains cas, bloquer un palier déjà étroit.

En logement privatif, il est souvent judicieux d’harmoniser toutes les portes intérieures à 83 cm de passage utile, même si certaines pièces ne sont pas utilisées au quotidien par la personne en fauteuil. Cela évite de se retrouver bloqué le jour où les besoins évoluent, ou lorsqu’un matériel médical encombrant (lit, fauteuil de repos, lève-personne) doit être déplacé d’une pièce à l’autre.

Solutions alternatives : portes coulissantes sevax et pivotantes à 180°

Lorsque la configuration ne permet pas d’augmenter facilement la largeur d’une ouverture, le type de porte devient une variable d’ajustement majeure. Les portes coulissantes, notamment en applique ou en bloc-porte à galandage, libèrent la zone de débattement et facilitent les manœuvres. Des fabricants comme Sevax ou d’autres spécialistes de la quincaillerie proposent des systèmes coulissants robustes, silencieux et compatibles avec un usage intensif en environnement PMR.

Dans une petite salle de bain, par exemple, remplacer une porte battante par une porte coulissante revient parfois à « gagner une pièce ». On supprime le volume de débattement, on dégage l’angle derrière la porte pour y installer un lavabo ou une barre d’appui, et l’on simplifie totalement l’accès en fauteuil roulant. C’est un peu comme remplacer un rideau lourd par une cloison qui disparaît dans le mur : l’espace devient immédiatement plus fluide.

Autre option intéressante : les portes pivotantes à 180°, qui peuvent s’ouvrir aussi bien vers l’intérieur que vers l’extérieur, en fonction de la position de l’utilisateur. Combinées à des paumelles adaptées et à une quincaillerie de qualité, elles offrent un confort d’usage appréciable lorsque les aires de rotation sont limitées. Dans tous les cas, il est crucial de vérifier que les rails, seuils ou guides au sol ne créent pas de nouveaux obstacles pour les roues du fauteuil.

Poignées ergonomiques à béquille et serrures électriques DIGICODE

La meilleure porte PMR devient difficile à utiliser si sa poignée n’est pas adaptée. Les normes d’accessibilité préconisent l’usage de poignées à béquille, plutôt que des boutons ronds qui exigent une forte préhension. La béquille permet d’ouvrir la porte avec la paume de la main, l’avant-bras, voire le coude, ce qui est précieux pour les personnes ayant une faiblesse musculaire ou une dextérité réduite. La hauteur recommandée se situe entre 90 et 105 cm du sol, accessible aussi bien assis que debout.

Pour les portes d’entrée d’immeuble ou de maison, l’association avec des systèmes de contrôle d’accès type DIGICODE ou lecteur de badge facilite encore davantage l’usage. Une serrure électrique ou un gâche commandée à distance permet d’ouvrir la porte sans effort, depuis un fauteuil ou un lit médicalisé. Dans un contexte où la domotique progresse rapidement, on voit de plus en plus d’intégrations avec visiophone, serrures connectées ou commandes vocales : autant de solutions qui réduisent la dépendance à un tiers pour les gestes les plus simples du quotidien.

Vous craignez que ces équipements nuisent à l’esthétique de votre logement ? De nombreux fabricants ont justement travaillé ce point : béquilles design, finitions laiton, noir mat ou inox brossé, digicodes à façade discrète… L’accessibilité ne rime plus avec « look hospitalier ». Bien au contraire, il est possible de concilier parfaitement confort d’usage, sécurité et qualité architecturale.

Suppression des seuils et création de surfaces planes : solutions techniques anti-inondation

Rabotage et ragréage pour rattrapage de niveau entre intérieur et extérieur

Supprimer un seuil sans compromettre l’étanchéité et la durabilité du bâtiment est un exercice d’équilibriste. Sur une porte d’entrée ou une baie vitrée existante, la première approche consiste souvent à raboter la traverse basse de la menuiserie ou le seuil métallique, puis à ragréer le sol pour rattraper les niveaux. Cette technique permet de réduire progressivement la hauteur du ressaut jusqu’à atteindre les fameux 2 cm maximum, tout en évitant de créer une marche à l’extérieur.

Le ragréage consiste à appliquer une couche de mortier ou de produit autonivelant pour ajuster précisément la hauteur et la pente du sol, à l’intérieur comme à l’extérieur. On crée ainsi une légère inclinaison dirigée vers l’extérieur pour évacuer les eaux de pluie, tout en maintenant une continuité de roulement pour le fauteuil. Dans certains cas, il est même possible d’encastrer totalement le seuil dans l’épaisseur de la chape, de façon à obtenir un passage quasiment affleurant.

Cette opération suppose toutefois de vérifier plusieurs paramètres : hauteur disponible sous la menuiserie, compatibilité avec le revêtement de sol, risque de pont thermique ou d’infiltration. C’est pourquoi l’intervention d’un professionnel maîtrisant les règles de l’art (DTU 36.5 pour les menuiseries extérieures, par exemple) est indispensable. Un simple rabotage approximatif peut compromettre l’étanchéité et générer, à terme, des désordres coûteux.

Profilés à rupture de capillarité bilcocq et wattelez pour étanchéité

Pour concilier seuil plat et protection contre l’humidité, les profilés à rupture de capillarité jouent un rôle clé. Des industriels comme Bilcocq ou Wattelez proposent des gammes de profils en aluminium, PVC ou caoutchouc technique spécialement conçus pour les accès PMR. Leur principe : interrompre la remontée d’eau par capillarité sous la porte, tout en offrant une surface de roulement lisse et antidérapante.

Ces profilés se posent généralement en remplacement ou en complément du seuil existant. Certains modèles intègrent des joints compressibles, des cavités de drainage ou des lèvres souples qui épousent le bas de la porte lors de la fermeture. On obtient ainsi une barrière efficace contre les infiltrations d’eau et d’air, sans recourir à une marche saillante. C’est un peu l’équivalent d’un parapluie discret : invisible au premier coup d’œil, mais essentiel pour garder l’intérieur au sec.

En rénovation, ces solutions permettent souvent d’éviter des travaux lourds sur la maçonnerie. On conserve la menuiserie existante, on remplace simplement l’ancien seuil par un profil PMR adapté, puis l’on finalise avec un ragréage pour assurer la continuité du sol. Le choix du matériau (aluminium anodisé, caoutchouc recyclé, etc.) dépendra de l’usage, de l’exposition aux intempéries et des exigences esthétiques du projet.

Grilles caniveau ACO self et paillassons encastrés pour gestion des eaux pluviales

Qui dit seuil affleurant dit gestion des eaux pluviales irréprochable. Pour éviter que l’eau ne s’invite à l’intérieur à chaque averse, on installe généralement une grille type caniveau devant la porte ou la baie vitrée. Les systèmes ACO Self, par exemple, sont conçus pour recueillir et évacuer rapidement l’eau de ruissellement tout en permettant un passage confortable des roues de fauteuil.

Ces caniveaux se présentent sous la forme de modules en béton polymère ou en plastique haute résistance, surmontés de grilles en acier galvanisé ou inox. Ils se posent à fleur du revêtement extérieur (dalle, carrelage, enrobé) et se raccordent à un réseau d’évacuation ou à un puisard. Combinés à une légère pente du sol vers le caniveau, ils créent un véritable « trottoir sec », même en cas de fortes pluies.

À l’intérieur, l’ajout d’un paillasson encastré au niveau de l’entrée complète le dispositif. Placé dans un cadre métallique affleurant au sol, il retient l’humidité et les salissures sans créer de rebord. Le fauteuil, les déambulateurs ou les cannes franchissent cette zone sans à-coup, tandis que l’on préserve les revêtements intérieurs. Là encore, l’accessibilité ne se joue pas uniquement en centimètres : ce sont les petits détails, comme un paillasson mal posé ou une grille instable, qui peuvent faire la différence entre un logement agréable et un parcours semé d’embûches.

Aménagement des espaces de manœuvre : aires de rotation et dégagements pour fauteuil roulant

Diamètre de giration de 150 cm devant chaque porte franchissable

Élargir les portes et aplanir les seuils n’a de sens que si les espaces de chaque côté permettent au fauteuil de manœuvrer. La norme NF P91-120 prévoit un diamètre de giration de 1,50 m pour permettre un demi-tour complet sans heurt. Concrètement, cela représente un cercle imaginaire que l’on doit pouvoir tracer au sol, libre de tout obstacle fixe : pas de meuble, pas de radiateur saillant, pas de marche ou de poteau dans cette zone.

Ce rayon de 1,50 m est particulièrement crucial devant les portes, à l’entrée du logement, dans le séjour, la chambre principale et bien sûr dans la salle de bain. Sans cet espace, la personne en fauteuil sera contrainte de reculer, de manœuvrer au millimètre, voire d’abandonner l’idée de franchir la porte seule. Vous avez déjà essayé de faire demi-tour dans un couloir étroit avec une poussette chargée ? Imaginez la même chose au quotidien, mais assis dans un fauteuil roulant.

Lors d’une rénovation, il est donc fréquent de revoir l’implantation du mobilier, voire de déplacer certaines cloisons pour créer ces aires de rotation. Dans un appartement avec entrée minuscule, l’abattage d’une petite cloison non porteuse peut suffire à dégager un espace de manœuvre satisfaisant. Dans une chambre, on privilégiera un positionnement du lit qui laisse au moins un côté long accessible avec 90 cm de largeur, tout en conservant le cercle de 1,50 m sur une partie de la pièce.

Espaces libres de tout obstacle sur 130 cm de hauteur

L’accessibilité ne se joue pas seulement au sol, mais aussi en hauteur. La réglementation recommande que les volumes situés entre 0 et 1,30 m de hauteur dans les zones de circulation soient dégagés de tout obstacle saillant. Pourquoi ? Parce que c’est dans cette « bande utile » que se situent les mains courantes, les poignées de porte, les poignées de fenêtres, les prises et interrupteurs, mais aussi les accoudoirs et les roues du fauteuil.

Un radiateur en fonte qui dépasse de 15 cm dans un couloir, une tablette décorative à 1,10 m de hauteur, un tableau accroché trop bas : autant d’éléments qui peuvent accrocher un accoudoir, heurter un coude ou gêner la progression. On cherche donc à lisser les parois, à privilégier les rangements encastrés et à limiter les corniches invasives. Dans les pièces techniques, on veillera aussi à ce que les tuyauteries ou gaines apparentes ne viennent pas réduire l’espace utile.

Dans un logement où vivent des enfants ou des personnes malvoyantes, cette règle profite à tout le monde. Des murs dégagés et des lignes de circulation claires réduisent les risques de chutes, notamment de nuit. Combinée à un éclairage homogène, elle contribue à créer ce que l’on pourrait appeler un « corridor sécurisé », où chacun peut se déplacer sans appréhension, même en cas de fatigue ou de perte d’équilibre.

Repositionnement des radiateurs et prises électriques selon hauteurs réglementaires

Adapter un logement à la mobilité réduite suppose souvent de repenser l’emplacement des équipements techniques. Les prises électriques sont idéalement positionnées à une hauteur d’environ 45 à 50 cm du sol, contre 30 cm dans de nombreux logements anciens. Les interrupteurs, boutons de volets roulants et thermostats seront, eux, placés entre 90 et 130 cm, dans une zone accessible depuis un fauteuil comme en position debout.

Ce repositionnement nécessite parfois de reprendre des saignées dans les murs, de créer des boîtes d’encastrement à la bonne hauteur et de revoir la répartition des circuits. C’est l’occasion de simplifier le tableau électrique, d’ajouter des points lumineux commandés depuis le lit ou le fauteuil, et d’intégrer pourquoi pas une solution domotique (télécommande générale, commandes vocales). Un exemple concret : pouvoir allumer le couloir et la salle de bain depuis la chambre, sans avoir à se déplacer dans le noir.

Les radiateurs, quant à eux, doivent être choisis et positionnés de manière à ne pas empiéter sur les aires de rotation ni bloquer le passage auprès des fenêtres. On privilégiera des émetteurs plats, installés si possible en hauteur suffisante pour permettre le passage de la roue avant d’un fauteuil. Dans certains projets PMR, le chauffage par plinthes ou par le sol se révèle particulièrement adapté : il libère totalement les murs et supprime un obstacle potentiel, tout en améliorant le confort thermique des personnes peu mobiles.

Financement et aides financières : dispositifs MaPrimeAdapt’ et crédit d’impôt autonomie

Les travaux d’élargissement de portes, de suppression de seuils et de réaménagement des circulations représentent un investissement conséquent. La bonne nouvelle, c’est qu’ils peuvent être partiellement pris en charge par des dispositifs publics dédiés à l’adaptation du logement. Depuis 2024, MaPrimeAdapt’ est devenue l’aide de référence pour les personnes âgées ou en situation de handicap souhaitant adapter leur domicile à la perte d’autonomie.

MaPrimeAdapt’ est attribuée sous conditions de ressources et de profil (personnes de plus de 60 ans en perte d’autonomie, personnes handicapées avec un taux d’incapacité suffisant, etc.). Elle peut couvrir entre 50 % et 70 % du montant TTC des travaux d’accessibilité, dans la limite d’un plafond qui peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros. Les interventions comme l’élargissement des portes, la création de seuils plats, l’installation de barres d’appui ou la transformation de la salle de bain en douche de plain-pied sont explicitement éligibles.

Pour en bénéficier, il est nécessaire de constituer un dossier avant le démarrage du chantier, souvent avec l’aide d’un opérateur agréé (assistant à maîtrise d’ouvrage, organisme type SOLIHA, etc.). Un diagnostic du logement est réalisé, les besoins sont hiérarchisés, puis plusieurs devis d’entreprises qualifiées sont réunis. Une fois l’accord obtenu, le bénéficiaire engage les travaux et la prime est versée, soit directement à lui, soit à l’entreprise en déduction de la facture. Cette préparation en amont permet de sécuriser le projet et d’éviter les mauvaises surprises.

En complément, un crédit d’impôt autonomie existe pour certains équipements favorisant le maintien à domicile : mains courantes, rampes d’accès, surélévation de WC, etc. Ce crédit d’impôt, prolongé dans le temps avec quelques ajustements, permet de récupérer une partie des dépenses sous forme de réduction ou de restitution d’impôt sur le revenu. Les conditions d’éligibilité (type de logement, statut d’occupation, revenus) évoluant régulièrement, il est recommandé de vérifier les informations les plus récentes sur le site officiel de l’administration fiscale.

D’autres aides peuvent s’ajouter : prestation de compensation du handicap (PCH), aides des caisses de retraite, dispositifs des collectivités locales, voire prêts à taux bonifié via Action Logement. En croisant ces financements et en optant pour des travaux cohérents (plutôt qu’une succession de petites adaptations), il est parfois possible de réduire très fortement le reste à charge. Là encore, se faire accompagner par un professionnel de l’accessibilité ou un conseiller en rénovation simplifie grandement les démarches.

Exemples d’adaptation réussie : cas pratiques en maison individuelle et appartement haussmannien

Pour mieux visualiser l’impact concret des portes élargies et des seuils plats, rien ne vaut quelques exemples de réalisations. Dans une maison individuelle de plain-pied construite dans les années 1980, une famille a souhaité anticiper la perte d’autonomie d’un parent atteint d’une maladie neurodégénérative. Les portes intérieures faisaient 73 cm, un seuil de 5 cm barrait l’accès à la terrasse, et le couloir central était étroit et encombré.

Le projet a consisté à élargir trois portes stratégiques (entrée, chambre, salle de bain) à 90 cm, à transformer la baignoire en douche de plain-pied et à supprimer le seuil de la baie vitrée donnant sur le jardin. Un caniveau ACO Self a été installé en extérieur, couplé à un seuil PMR à rupture de capillarité. Le couloir a été dégagé et légèrement ouvert sur le séjour pour créer une aire de rotation de 1,50 m à l’entrée. Résultat : la personne peut désormais circuler en fauteuil roulant dans l’ensemble de la maison, sortir sur la terrasse sans aide, et accéder seul à la salle d’eau.

Dans un appartement haussmannien au 3e étage avec ascenseur, le défi était différent : les murs porteurs épais, les moulures et les radiateurs en fonte limitaient fortement les possibilités. L’objectif était de rendre accessible au fauteuil roulant la pièce de vie, la chambre principale et la salle de bain, sans dénaturer le cachet de l’appartement. Les menuiseries intérieures d’époque ont été soigneusement déposées, puis deux portes ont été reconstruites en conservant les moulures, mais en augmentant la largeur de passage à 83 cm.

Le seuil de la porte d’entrée, en marbre, a été raboté et complété par un profil Wattelez, de façon à ne plus dépasser 2 cm. Dans la salle de bain, une ancienne marche de 8 cm a été supprimée grâce à un ragréage complet du sol, permettant la création d’une douche à l’italienne. Le radiateur du couloir a été remplacé par un modèle plat et repositionné, libérant ainsi l’aire de rotation devant la chambre. Malgré les contraintes, le charme haussmannien a été préservé, tout en offrant une accessibilité fonctionnelle et sécurisante.

Ces deux cas illustrent une réalité simple : qu’il s’agisse d’une maison récente ou d’un appartement ancien, les principes restent les mêmes : portes élargies, seuils plats, surfaces planes et espaces de manœuvre. En adaptant intelligemment ces éléments, en tenant compte des normes PMR et des contraintes de chaque bâti, il est possible de transformer un logement potentiellement source de dangers en un véritable lieu de vie, confortable et évolutif, pour tous les âges et toutes les mobilités.