Le vieillissement de la population française impose une réflexion profonde sur l’adaptation des logements. Selon les dernières données de l’INSEE, plus de 20% de la population française a aujourd’hui plus de 65 ans, et cette proportion devrait atteindre 30% d’ici 2050. Face à cette réalité démographique, l’accessibilité des habitations devient un enjeu majeur de santé publique. Chaque année, environ 450 000 personnes âgées chutent à leur domicile, et dans 80% des cas, un environnement inadapté est directement en cause. L’aménagement du logement n’est donc pas un simple confort : il représente une nécessité vitale pour préserver l’autonomie et la sécurité des seniors. Heureusement, des solutions techniques éprouvées existent pour transformer un habitat traditionnel en un espace sécurisé et fonctionnel.

Adaptation de la salle de bain pour prévenir les chutes et faciliter l’hygiène quotidienne

La salle de bain constitue l’une des pièces les plus dangereuses du logement pour les personnes âgées. Les surfaces glissantes, les mouvements complexes requis pour entrer et sortir d’une baignoire, ainsi que l’humidité constante créent un environnement à haut risque. Selon Santé Publique France, 5,4% des chutes recensées se produisent dans cette pièce, un chiffre qui pourrait sembler modeste mais qui révèle une réalité préoccupante lorsqu’on considère la gravité des blessures associées. Une fracture du col du fémur suite à une chute dans la salle de bain peut entraîner une perte d’autonomie irréversible et compromettre définitivement le maintien à domicile. L’adaptation préventive de cet espace représente donc un investissement prioritaire pour votre sécurité quotidienne.

Installation de barres d’appui murales normées NF EN 12182 près de la douche et des toilettes

Les barres d’appui constituent la première ligne de défense contre les chutes dans la salle de bain. Ces équipements, lorsqu’ils sont conformes à la norme NF EN 12182, garantissent une résistance minimale de 100 kg, suffisante pour supporter le poids d’une personne en situation de déséquilibre. L’installation doit être réalisée sur des murs porteurs ou avec des fixations renforcées capables de supporter des charges importantes. Près de la douche, positionnez une barre verticale côté entrée pour faciliter l’accès, et une barre horizontale à l’intérieur pour vous stabiliser pendant la toilette. À proximité des toilettes, une barre en forme de « L » ou deux barres perpendiculaires offrent un soutien optimal lors des mouvements d’assise et de relevé, particulièrement sollicitants pour les articulations et l’équilibre.

Le choix du matériau revêt également une importance capitale. Les barres en acier inoxydable présentent une excellente durabilité et résistent parfaitement à l’humidité, tandis que les modèles avec revêtement antidérapant apportent une sécurité supplémentaire. La hauteur d’installation doit être adaptée à votre morphologie : généralement entre 70 et 80 cm du sol pour les barres horizontales, et entre 100 et 120 cm pour les barres verticales. N’hésitez pas à consulter un ergothérapeute qui pourra définir précisément les emplacements optimaux selon vos besoins spécifiques et vos capacités motrices.

Remplacement de la baignoire par une douche à l’italienne avec receveur extra-plat

Le remplacement d’une baignoire traditionn

elle par une douche à l’italienne avec receveur extra-plat est l’un des aménagements les plus efficaces pour sécuriser la salle de bain d’une personne âgée. En supprimant la hauteur à enjamber, on réduit considérablement les pertes d’équilibre au moment d’entrer ou de sortir de l’espace de douche. Idéalement, le receveur doit présenter une hauteur inférieure à 3 cm, voire être totalement affleurant au sol, afin de permettre le passage d’un déambulateur ou d’un fauteuil de douche. Les parois vitrées doivent être suffisamment larges et prévoir une ouverture généreuse, afin de faciliter l’accompagnement par un aidant en cas de besoin.

Le choix du receveur et de l’évacuation a également un impact direct sur la sécurité et le confort. Un receveur en résine minérale ou en céramique avec surface structurée offrira une meilleure accroche qu’un carrelage lisse. Pour éviter les stagnations d’eau, le siphon doit présenter un débit adapté et être facilement démontable pour l’entretien, limitant ainsi les risques de moisissures. Vous pouvez aussi prévoir un léger contraste de couleur entre le sol de la salle de bain et le receveur de douche, afin de mieux matérialiser les limites de l’espace pour les personnes présentant des troubles visuels.

Pose de revêtements antidérapants certifiés PN24 et éclairage LED renforcé

Au-delà de la configuration de la douche, la nature du sol de la salle de bain est déterminante pour prévenir les glissades. Les revêtements certifiés PN24 (ou R11 / R12 selon les référentiels) offrent un niveau de résistance à la glisse adapté aux pièces humides fréquemment mouillées. Carrelage structuré, vinyle spécial locaux humides ou dalles PVC techniques : l’essentiel est d’opter pour un matériau spécifiquement conçu pour rester adhérent, même lorsque le sol est mouillé et savonneux. Cette précaution, simple en apparence, réduit de façon drastique le risque de chute lors de la sortie de douche.

La sécurité passe aussi par une bonne visibilité. Un éclairage LED renforcé, homogène et sans zones d’ombre permet de mieux distinguer les reliefs, les tapis et les obstacles au sol. Nous vous recommandons de combiner un plafonnier LED principal avec un éclairage ponctuel au-dessus du lavabo et, si possible, un chemin lumineux activé automatiquement la nuit. Des appliques basse consommation reliées à un détecteur de mouvement peuvent s’allumer dès que vous entrez dans la salle de bain, évitant ainsi la recherche de l’interrupteur dans l’obscurité, moment propice aux déséquilibres.

Intégration d’un siège de douche rabattable et mitigeur thermostatique anti-brûlure

Pour de nombreuses personnes âgées, rester longtemps en position debout sous la douche devient fatigant, voire dangereux. L’installation d’un siège de douche rabattable, solidement fixé au mur, permet de se laver assis en toute sécurité. Ce type d’équipement doit supporter au minimum 130 kg et être monté à une hauteur d’environ 45 à 50 cm du sol, en cohérence avec la taille de la personne. Le mécanisme de rabattement doit être fluide, afin que vous puissiez le manipuler facilement, sans gestes brusques ni efforts excessifs. Associé aux barres d’appui, le siège de douche sécurise chaque étape de la toilette, de l’entrée à la sortie.

La robinetterie mérite aussi une attention particulière. Un mitigeur thermostatique anti-brûlure limite la température maximale de l’eau et évite les variations brutales, fréquentes dans les installations anciennes ou collectives. Concrètement, cela signifie moins de risques de brûlures si quelqu’un tire de l’eau ailleurs dans le logement, mais aussi un plus grand confort pour régler une température stable, sans devoir tourner frénétiquement les poignées. Certains modèles disposent d’un bouton de sécurité à 38 °C, avec déverrouillage volontaire pour dépasser cette valeur : une option pertinente lorsque la sensibilité cutanée diminue avec l’âge.

Mise en conformité PMR des accès et de la circulation intérieure du logement

Une salle de bain sécurisée ne suffit pas si l’accès au reste du logement demeure compliqué. Pour rendre un logement réellement accessible aux seniors, il faut repenser l’ensemble des circulations : portes, couloirs, entrée, mais aussi espaces de retournement. L’objectif est simple : permettre à une personne en fauteuil roulant, avec un déambulateur ou une canne de se déplacer partout, sans effort démesuré et sans obstacle. En s’inspirant de la réglementation accessibilité PMR (Personnes à Mobilité Réduite) des bâtiments neufs, vous pouvez transformer un logement ancien en un environnement fluide et sécurisant.

Élargissement des passages de portes à 90 cm minimum selon la réglementation accessibilité

Les portes étroites sont l’un des principaux freins à l’utilisation d’aides techniques comme le fauteuil roulant ou le déambulateur. Dans un habitat accessible aux seniors, il est recommandé de viser une largeur de passage utile de 83 à 90 cm, alignée sur les exigences de la réglementation accessibilité. Cela implique souvent de remplacer les blocs-portes existants ou de modifier l’encadrement. Si des travaux lourds sont nécessaires, il peut être pertinent de les concentrer sur les pièces stratégiques : salle de bain, chambre principale, WC et accès principal au logement.

Vous pouvez également optimiser l’ouverture en remplaçant les portes battantes par des portes coulissantes à galandage ou en applique, qui libèrent l’espace de circulation et éliminent le rayon de débattement. Cette solution est particulièrement intéressante dans les couloirs étroits, où une porte traditionnelle peut devenir un véritable obstacle. Attention toutefois à choisir des systèmes coulissants robustes, avec des poignées ergonomiques faciles à saisir, même en cas de faiblesse de préhension ou d’arthrose.

Suppression des seuils et installation de seuils affleurants ou rampes d’accès

Les seuils de portes, même s’ils ne font que 2 ou 3 cm de haut, représentent de véritables pièges pour les personnes âgées. Ils favorisent les trébuchements, bloquent les petites roues des déambulateurs et compliquent le passage des fauteuils roulants. Dans un logement accessible, on cherche à obtenir une continuité de niveau entre les pièces. Cela passe soit par la suppression pure et simple des seuils, soit par la pose de seuils affleurants ou de mini-rampes antidérapantes permettant un franchissement en douceur.

À l’extérieur, l’enjeu est similaire pour accéder au logement depuis la rue, le jardin ou le parking. Une rampe d’accès, fixe ou amovible, peut être installée pour compenser quelques marches à gravir. Pour un confort et une sécurité optimaux, on vise généralement une pente inférieure à 5 %, voire 8 % maximum pour les courtes distances. Pensez à prévoir des mains courantes de part et d’autre de la rampe, ainsi qu’un revêtement antidérapant résistant au gel si la région est sujette au froid. Une bonne rampe d’accès, c’est un peu comme un « pont » entre le domicile et l’extérieur : elle conditionne la liberté de sortir et de recevoir.

Aménagement de l’entrée avec système d’interphone vidéo et éclairage automatique à détecteur

L’entrée du logement est un lieu de passage fréquent, parfois sous-estimé dans les projets d’adaptation. Pourtant, c’est là que l’on enfile son manteau, que l’on ouvre au livreur ou à l’aide à domicile, que l’on manipule les clés. Pour limiter les déplacements inutiles et les prises de risque, l’installation d’un interphone vidéo avec ouverture électrique de la porte d’entrée peut être déterminante. Vous pouvez ainsi identifier la personne qui sonne et actionner la gâche depuis votre salon ou votre chambre, sans devoir vous précipiter dans le couloir.

Un éclairage automatique à détecteur de présence, placé aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’entrée, renforce la sécurité lors des retours nocturnes ou des sorties matinales. Dès que vous approchez, la lumière s’allume, supprimant les zones d’ombre et facilitant la manipulation de la serrure. Associez cet éclairage à un revêtement de sol stable, sans tapis flottants ni marches mal signalées, et vous obtenez une entrée réellement sécurisée, adaptée à une mobilité réduite.

Optimisation des espaces de rotation de 150 cm pour les aides à la mobilité

Un logement peut sembler spacieux à première vue, mais se révéler très contraint pour une personne en fauteuil ou avec un déambulateur. Pour manœuvrer confortablement, les normes d’accessibilité recommandent des espaces de rotation d’au moins 150 cm de diamètre dans les pièces clés : séjour, chambre, cuisine, salle de bain. Cet espace libre, dégagé de tout meuble ou obstacle, permet de faire demi-tour sans risque de heurter un coin de table ou de se retrouver coincé entre deux meubles.

Concrètement, cela implique souvent une réorganisation du mobilier : suppression des meubles bas inutilisés, repositionnement des tables, choix de canapés moins profonds mais plus accessibles. Pensez à la circulation comme à un « chemin de train » qui traverse le logement : aucun « wagon » (fauteuil roulant, déambulateur) ne doit buter contre un obstacle. Une bonne pratique consiste à tracer mentalement ou physiquement, au sol, ce cercle de 150 cm dans chaque pièce stratégique, puis à ajuster l’ameublement en conséquence.

Solutions domotiques et dispositifs de téléassistance pour le maintien à domicile

Les aménagements structurels (portes, sols, salle de bain) constituent la base de l’accessibilité. Mais pour un maintien à domicile durable, les nouvelles technologies offrent des compléments précieux. Domotique, capteurs intelligents, téléassistance : ces outils ne remplacent pas la présence humaine, mais agissent comme un filet de sécurité permanent. Ils peuvent surprendre au premier abord, mais bien choisis et bien paramétrés, ils se font vite oublier au profit du confort qu’ils apportent au quotidien.

Systèmes de détection de chute avec capteurs intelligents et alerte automatique

La chute est l’un des événements les plus redoutés par les seniors et leurs proches. Or, ce qui aggrave souvent les conséquences d’une chute, ce n’est pas l’incident lui-même, mais le délai avant l’intervention des secours. Les systèmes de détection de chute avec capteurs intelligents visent précisément à réduire ce délai. Placés dans les pièces de vie ou intégrés à des objets (montres, ceintures), ces capteurs analysent les mouvements et déclenchent une alerte en cas de chute supposée, même si la personne ne peut pas appuyer sur un bouton.

Ces dispositifs sont généralement reliés à une plateforme de téléassistance disponible 24h/24, qui contacte d’abord la personne concernée, puis un proche ou les services d’urgence si nécessaire. Certains modèles utilisent des algorithmes capables de distinguer une vraie chute d’un geste brusque, afin de limiter les fausses alertes. Vous hésitez à vous équiper par peur d’être « surveillé en permanence » ? Rappelez-vous que ces systèmes fonctionnent comme une ceinture de sécurité en voiture : ils ne s’activent qu’en cas de problème, mais peuvent alors vous sauver la vie.

Commandes vocales et interrupteurs connectés pour l’éclairage et les volets roulants

Se lever pour fermer les volets, traverser la pièce pour éteindre la lumière ou atteindre un interrupteur mal situé sont des gestes banals quand on est en pleine forme, mais peuvent devenir des risques quotidiens avec l’âge. Les solutions domotiques simples, comme les interrupteurs connectés et les commandes vocales, permettent de piloter l’éclairage et les volets roulants sans se déplacer. Via un assistant vocal ou une application sur smartphone ou tablette, vous pouvez allumer la lumière, fermer les volets ou couper une prise en cas d’oubli, tout en restant confortablement assis.

Sur le plan ergonomique, ces équipements réduisent les allers-retours inutiles et les mouvements brusques, souvent à l’origine de pertes d’équilibre. Ils sont aussi très utiles pour les personnes ayant une force de préhension réduite, qui peinent à manipuler des cordons de volets ou de petits interrupteurs. L’installation d’interrupteurs supplémentaires à hauteur accessible (entre 90 et 120 cm), combinés à des ampoules connectées, offre un compromis intéressant entre modernité et simplicité d’usage.

Bracelets de téléassistance nouvelle génération et dispositifs de géolocalisation

Les bracelets ou médaillons de téléassistance existent depuis plusieurs décennies, mais les modèles récents ont gagné en discrétion, en confort et en fonctionnalités. Portés au poignet ou autour du cou, ils intègrent souvent un bouton d’appel d’urgence, un micro et parfois un système de détection de chute. En cas de problème, une simple pression sur le bouton permet de joindre une plateforme dédiée, sans avoir à atteindre un téléphone fixe ou un smartphone. Cet outil, jugé parfois stigmatisant, est pourtant un compagnon rassurant pour de nombreux seniors vivant seuls.

Pour les personnes présentant des troubles cognitifs ou des risques de désorientation, certains dispositifs proposent une fonction de géolocalisation. Ils permettent de retrouver une personne qui se serait égarée à l’extérieur, dans le respect d’un cadre éthique strict et du consentement de l’intéressé. Vous pouvez définir des « zones de sécurité » (autour du domicile, dans le quartier) et recevoir une alerte si ces limites sont franchies. Là encore, l’objectif n’est pas de restreindre la liberté, mais de la préserver en évitant les situations dangereuses.

Réorganisation de la chambre et des espaces de vie selon les principes ergonomiques

La chambre et le salon sont les lieux où l’on passe le plus de temps au quotidien, notamment en cas de fatigue ou de maladie. Les adapter, c’est un peu comme redessiner le « cœur » du logement pour qu’il batte au rythme des capacités de la personne âgée. Ergonomie, circulation fluide, éclairage adapté, rangements accessibles : quelques changements bien pensés peuvent transformer des gestes autrefois pénibles en routines simples et sécurisées.

Installation de lits médicalisés électriques avec plan de couchage réglable en hauteur

Le lit est à la fois un lieu de repos, de soins éventuels et de transitions fréquentes (se lever, se recoucher, s’asseoir au bord du lit). Un lit médicalisé électrique, réglable en hauteur et en inclinaison, facilite grandement ces mouvements. En ajustant la hauteur du couchage entre 40 et 80 cm, vous pouvez choisir une position idéale pour vous asseoir sans effort excessif ni risque de bascule. Les relève-buste motorisés permettent de lire ou de prendre un repas au lit dans une posture confortable, sans empiler oreillers et coussins.

Pour les aidants, professionnels ou familiaux, ce type de lit limite également les risques de troubles musculo-squelettiques lors des transferts et des soins. Vous craignez l’aspect « médical » de cet équipement ? De nombreux modèles proposent désormais des habillages en bois et des têtes de lit design, qui s’intègrent harmonieusement dans une chambre classique. Un lit médicalisé bien choisi, c’est un peu comme remplacer une vieille voiture par un modèle moderne avec direction assistée : les mêmes trajets, mais beaucoup moins de fatigue.

Positionnement stratégique des prises électriques et interrupteurs entre 40 et 130 cm

Se pencher pour brancher un appareil, se baisser pour atteindre une multiprise au ras du sol ou lever le bras trop haut pour allumer une lumière sont des gestes qui augmentent le risque de chute. Les recommandations ergonomiques pour les logements accessibles préconisent de positionner les prises électriques entre 40 et 60 cm du sol, et les interrupteurs entre 90 et 130 cm. Ce « couloir » de hauteur facilite l’accès, aussi bien debout qu’assis, et limite les mouvements extrêmes.

Lors de travaux de rénovation, profitez-en pour multiplier les prises dans les zones stratégiques : près du lit, à côté du fauteuil favori, près du plan de travail dans la cuisine. Cela évitera l’utilisation de rallonges qui serpentent au sol, véritables pièges pour les pieds et les aides à la marche. Vous pouvez également opter pour des prises avec voyants lumineux intégrés, plus faciles à repérer dans la pénombre, et des interrupteurs à large surface de contact, manipulables même avec une dextérité réduite.

Aménagement de rangements accessibles sans effort avec systèmes coulissants et tiroirs télescopiques

Monter sur un tabouret pour atteindre une étagère, se pencher au fond d’un placard bas ou manipuler des portes lourdes sont autant de gestes à risque pour les seniors. Une chambre et un salon ergonomiques privilégient les rangements à hauteur de buste, entre 80 et 140 cm, facilement accessibles sans se pencher ni se hisser. Les armoires peuvent être équipées de tringles abaissables, tandis que les commodes intègrent des tiroirs télescopiques à sortie totale, qui permettent de voir d’un coup d’œil l’ensemble de leur contenu.

Dans le séjour, les meubles TV et bibliothèques peuvent être repensés avec des portes coulissantes et des systèmes d’ouverture assistée. L’idée est de supprimer autant que possible les gestes en torsion ou en extension, très sollicitants pour les articulations et le dos. Imaginez vos rangements comme des « tiroirs de cuisine » bien organisés : tout est visible, à portée de main, sans devoir fouiller au fond ou en hauteur. Cette logique, appliquée à toute la maison, contribue puissamment à l’autonomie au quotidien.

Adaptation de la cuisine pour une autonomie alimentaire sécurisée

La cuisine est un lieu de plaisir, mais aussi de risques potentiels : brûlures, coupures, chutes, efforts de port de charges. Pourtant, continuer à préparer ses repas, même simplement, est un facteur clé de maintien de l’autonomie et de l’estime de soi. Adapter la cuisine pour une personne âgée ne signifie pas renoncer à cuisiner, bien au contraire : il s’agit de rendre chaque geste plus sûr, plus simple et moins fatigant, afin que le plaisir reste au rendez-vous le plus longtemps possible.

Plans de travail réglables en hauteur et espaces libres sous l’évier pour approche en position assise

Un plan de travail classique, à 90 cm de hauteur, n’est pas toujours adapté à une personne de petite taille, à un utilisateur en fauteuil roulant ou à quelqu’un qui se fatigue vite debout. Les plans de travail réglables en hauteur, manuellement ou électriquement, permettent d’ajuster la position idéale pour cuisiner assis ou debout, sans se pencher exagérément. Installer au moins une zone de préparation à hauteur modulable (80 à 85 cm) constitue un vrai plus pour l’autonomie alimentaire sécurisée des seniors.

De la même façon, laisser un espace libre sous l’évier ou sous une partie du plan de travail (au moins 60 à 70 cm de largeur) permet d’approcher en fauteuil ou en chaise, les jambes glissant dessous. Il faudra alors prévoir des siphons plats et des protections contre la chaleur des tuyaux d’eau chaude. Cette configuration, inspirée des cuisines accessibles PMR, transforme littéralement l’expérience culinaire pour une personne ayant des difficultés de station debout prolongée.

Électroménager connecté avec commandes simplifiées et systèmes de coupure automatique

Four resté allumé, plaque de cuisson oubliée, cafetière branchée durant des heures : ces petits oublis, fréquents avec l’âge, peuvent avoir de lourdes conséquences. L’électroménager moderne propose des fonctions de sécurité très utiles pour les seniors. Les plaques à induction, par exemple, ne chauffent que lorsque le récipient est présent et s’arrêtent automatiquement en cas de surchauffe ou d’absence de casserole. Certains modèles intègrent même des minuteries de coupure automatique, très pratiques pour limiter les risques.

Les fours avec porte latérale ou escamotable réduisent le risque de brûlure en facilitant l’accès aux plats, surtout si le four est positionné en hauteur, à mi-corps. Des commandes simplifiées, avec gros boutons, affichage lisible et pictogrammes clairs, facilitent l’utilisation pour les personnes ayant une vision réduite ou des troubles cognitifs légers. Et pour aller plus loin, des prises connectées ou des coupures générales programmables peuvent éteindre automatiquement certains appareils après une heure, comme une « assurance oubli » quotidienne.

Robinetterie à détection infrarouge et mitigeurs à bec orientable

La gestion de l’eau chaude et froide dans la cuisine est également un sujet de sécurité. Une robinetterie à détection infrarouge permet d’ouvrir et de fermer l’eau sans manipuler de poignées, par simple passage de la main. Ce système est particulièrement utile pour les personnes ayant des difficultés de préhension ou souffrant d’arthrose sévère. Il réduit aussi le risque d’inondation en cas d’oubli de fermeture du robinet, puisque le débit se coupe automatiquement après un laps de temps prédéfini.

Les mitigeurs à bec orientable, avec limiteur de température intégré, offrent une précision de réglage appréciable pour éviter les brûlures. Un long levier ergonomique est plus facile à actionner qu’un petit bouton rond, surtout si la force de la main est diminuée. Là encore, la logique est la même que pour l’ensemble des adaptations du logement pour seniors : transformer un geste potentiellement risqué en un mouvement simple, fluide et prévisible.

Aides financières et dispositifs d’accompagnement pour les travaux d’accessibilité

Devant l’ampleur des travaux parfois nécessaires pour rendre un logement accessible aux seniors, une question revient souvent : comment financer ces aménagements ? La bonne nouvelle, c’est qu’en France, plusieurs dispositifs publics et privés existent pour soutenir l’adaptation du logement à la perte d’autonomie ou au handicap. L’objectif des pouvoirs publics est clair : investir dans le domicile des personnes âgées pour éviter, autant que possible, des hospitalisations ou des entrées en établissement coûteuses, tant humainement que financièrement.

Depuis le 1er janvier 2024, MaPrimeAdapt’ constitue l’aide de référence pour l’adaptation du logement. Portée par l’Anah, elle s’adresse aux personnes de 70 ans et plus sans condition de dépendance, aux 60-69 ans en perte d’autonomie (GIR 1 à 6), ainsi qu’aux personnes en situation de handicap avec un taux d’incapacité d’au moins 50 %. Selon vos ressources, elle finance 50 % (ménages modestes) à 70 % (ménages très modestes) du montant des travaux d’accessibilité, dans la limite de 22 000 € HT de travaux.

Pour en bénéficier, vous devez être propriétaire occupant ou locataire du parc privé, et le logement doit être votre résidence principale. Une particularité importante : l’accompagnement par un assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO) habilité est obligatoire. Cet interlocuteur réalise le diagnostic de votre logement, propose un projet d’aménagement, établit le plan de financement, vous aide à monter le dossier de demande d’aide et à choisir des professionnels qualifiés pour la réalisation des travaux.

MaPrimeAdapt’ peut, sous conditions, être cumulée avec d’autres soutiens : aides locales des collectivités (région, département, commune), aides des caisses de retraite (par exemple le dispositif « Bien vieillir chez soi » ou le plan d’aides OSCAR), aides d’Action Logement pour les salariés et retraités du secteur privé, ou encore la Prestation de compensation du handicap (PCH) pour les personnes en situation de handicap. Des avantages fiscaux peuvent également s’appliquer, comme la TVA réduite à 5,5 % ou 10 % sur certains travaux d’adaptation, voire un crédit d’impôt pour les ménages non éligibles à MaPrimeAdapt’ mais réalisant des équipements spécifiques.

Face à cette mosaïque de dispositifs, il est facile de se sentir perdu. N’hésitez pas à vous faire accompagner par des structures ressources : les espaces France Rénov’, les services sociaux de votre département, les maisons de l’autonomie, ou encore les associations spécialisées dans le maintien à domicile. Ils pourront vous orienter vers les aides les plus adaptées à votre situation, vous aider à anticiper les travaux à prioriser et à choisir des entreprises reconnues pour leur expertise en accessibilité des logements pour personnes âgées.