Le passage à la retraite marque souvent un tournant dans l’approche de la santé. À partir de 65 ans, l’organisme subit des transformations physiologiques naturelles qui nécessitent une surveillance médicale renforcée et adaptée. Cette vigilance accrue permet de détecter précocement les pathologies liées au vieillissement, d’optimiser la prise en charge thérapeutique et de préserver l’autonomie le plus longtemps possible.

Les professionnels de santé recommandent un suivi médical structuré comprenant des examens de dépistage spécifiques, des bilans biologiques réguliers et des évaluations fonctionnelles ciblées. Cette démarche préventive s’avère particulièrement efficace pour anticiper les complications cardiovasculaires, oncologiques et neurodégénératives fréquentes à cet âge. L’enjeu consiste à maintenir une qualité de vie optimale tout en adaptant la fréquence des contrôles aux besoins individuels de chaque patient.

Bilans sanguins essentiels : hémogramme, glycémie et profil lipidique après 65 ans

Les analyses sanguines constituent le fondement du suivi médical gériatrique. Elles permettent d’évaluer le fonctionnement des organes vitaux, de détecter les carences nutritionnelles et de surveiller l’évolution des maladies chroniques. La fréquence recommandée varie selon l’état de santé général, mais un contrôle annuel minimum s’impose pour tous les seniors.

Dosage de l’hémoglobine glyquée (HbA1c) pour le dépistage du diabète de type 2

L’hémoglobine glyquée reflète la glycémie moyenne des deux à trois mois précédents, offrant une vision plus précise que la glycémie à jeun ponctuelle. Chez les personnes de plus de 65 ans, le seuil diagnostique du diabète reste fixé à 6,5%, bien que les objectifs thérapeutiques puissent être individualisés selon les comorbidités et l’espérance de vie.

Le dosage de l’HbA1c présente l’avantage de ne pas nécessiter d’être à jeun, facilitant ainsi la réalisation de l’examen. Pour les patients diabétiques connus, ce marqueur permet d’ajuster les traitements antidiabétiques en tenant compte du risque hypoglycémique accru chez les seniors. Un contrôle trimestriel est généralement recommandé en cas de diabète déséquilibré.

Analyse du cholestérol total, LDL et HDL dans la prévention cardiovasculaire

L’exploration lipidique après 65 ans nécessite une approche nuancée tenant compte du statut cardiovasculaire global. Le dosage du cholestérol total, des fractions LDL et HDL, ainsi que des triglycérides, permet d’évaluer le risque athérosclérotique résiduel. Les recommandations récentes privilégient une approche personnalisée plutôt que des cibles lipidiques rigides.

Chez les patients en prévention primaire sans facteur de risque majeur, un contrôle tous les cinq ans peut suffire. En revanche, les antécédents cardiovasculaires ou la présence de facteurs de risque multiples justifient une surveillance annuelle. L’interprétation des résultats doit intégrer l’âge physiologique, les comorbidités et la tolérance aux traitements hypolipémiants.

Numération formule sanguine complète et surveillance de l’anémie ferriprive

La numération formule sanguine (NFS) permet de mesurer les globules rouges, les globules blancs et les plaquettes. Après 65 ans, cet examen est central pour dépister une anémie, souvent liée à une carence en fer, en vitamine B12 ou en folates, mais aussi pour repérer une infection ou une pathologie hématologique débutante. Une anémie ferriprive se manifeste parfois par une simple fatigue, un essoufflement inhabituel ou des vertiges, des signes que l’on peut facilement attribuer au vieillissement alors qu’ils méritent un bilan.

Chez le senior, la surveillance de l’anémie repose généralement sur une NFS annuelle, avec un contrôle plus rapproché en cas de symptômes ou de maladie chronique (insuffisance rénale, cancer, pathologie inflammatoire). En cas de baisse de l’hémoglobine, le médecin complète le bilan par un dosage du fer sérique, de la ferritine et de la vitamine B12 pour identifier la cause. Un traitement adapté (supplémentation, correction alimentaire, prise en charge de la maladie sous-jacente) permet dans de nombreux cas d’améliorer l’état général et la tolérance à l’effort.

Contrôle de la créatininémie et estimation du débit de filtration glomérulaire

Avec l’âge, la fonction rénale diminue progressivement, parfois sans symptôme franc. Le dosage de la créatininémie, couplé au calcul du débit de filtration glomérulaire (DFG), est l’outil de référence pour évaluer cette fonction rénale après 65 ans. Comme un filtre qui s’encrasse lentement, le rein perd en efficacité, ce qui peut modifier la manière dont votre organisme élimine certains médicaments ou toxines.

Un contrôle annuel de la créatinine et du DFG est recommandé pour la plupart des seniors, surtout en cas d’hypertension artérielle, de diabète ou de prise de médicaments potentiellement néphrotoxiques (anti-inflammatoires, certains antibiotiques, produits de contraste iodés). Lorsque le DFG est diminué, le médecin ajuste les posologies médicamenteuses et renforce les mesures hygiéno-diététiques (bonne hydratation, limitation du sel, du sucre et des protéines en excès). Une surveillance régulière permet de ralentir l’évolution vers l’insuffisance rénale chronique sévère et de limiter le risque d’hospitalisation.

Dépistages oncologiques spécifiques : mammographie, coloscopie et PSA

Après 65 ans, les dépistages des cancers restent au cœur de la prévention en médecine gériatrique. L’objectif n’est pas seulement de diagnostiquer un cancer, mais surtout de le repérer à un stade précoce, lorsque les traitements sont plus simples et mieux tolérés. Faut-il pour autant poursuivre tous les dépistages au même rythme qu’à 50 ans ? Non : la stratégie doit être personnalisée, en fonction de l’âge, de l’état général et des souhaits du patient.

En pratique, les recommandations nationales (INCa, Haute Autorité de Santé) servent de socle, mais le médecin traitant adapte toujours le calendrier de dépistage. Il prend en compte l’espérance de vie estimée, la présence de maladies chroniques, le retentissement fonctionnel au quotidien et les risques liés à chaque examen. Cette approche individualisée permet de privilégier les dépistages qui ont un réel bénéfice pour la qualité de vie du senior.

Mammographie de dépistage bisannuelle selon les recommandations de l’INCa

En France, le programme national de dépistage organisé du cancer du sein propose une mammographie tous les deux ans aux femmes de 50 à 74 ans. Passé 65 ans, ce dépistage bisannuel reste fortement recommandé tant que l’état de santé général est satisfaisant. Le cancer du sein restant l’un des cancers les plus fréquents chez la femme âgée, une détection précoce permet dans de nombreux cas de réaliser des traitements moins agressifs et mieux adaptés.

Entre 70 et 74 ans, la décision de poursuivre la mammographie doit se discuter avec le médecin traitant ou le gynécologue, en tenant compte de l’autonomie, de la tolérance potentielle des traitements et des antécédents personnels ou familiaux. Au-delà de 74 ans, le dépistage n’est plus systématique mais peut être envisagé au cas par cas, notamment chez les femmes en très bon état général. Vous pouvez ainsi décider ensemble, de manière éclairée, de continuer ou non ces examens en fonction de vos priorités de santé.

Coloscopie décennale ou test immunologique fécal hemoccult pour le cancer colorectal

Le dépistage du cancer colorectal repose en première intention sur un test immunologique fécal (type Hemoccult) à réaliser tous les deux ans entre 50 et 74 ans. Ce test, simple et non invasif, se fait à domicile et est pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie. Il permet de détecter la présence de sang occult dans les selles, signe possible de polypes ou de tumeur. Après 65 ans, ce dépistage reste prioritaire car le risque de cancer colorectal augmente avec l’âge.

La coloscopie, quant à elle, est recommandée en cas de test immunologique positif, d’antécédents personnels ou familiaux de polypes ou de cancer colorectal, ou encore de symptômes digestifs persistants (saignements, troubles du transit). Réalisée en moyenne tous les 10 ans en l’absence d’anomalie, elle permet non seulement de visualiser la paroi intestinale mais aussi de retirer les polypes avant qu’ils n’évoluent. Chez les seniors fragiles, le bénéfice/risque de la coloscopie doit toutefois être soigneusement discuté avec le gastro-entérologue.

Dosage de l’antigène prostatique spécifique (PSA) chez l’homme après 70 ans

Le dosage de l’antigène prostatique spécifique (PSA) est un examen sanguin utilisé pour le dépistage et le suivi du cancer de la prostate. Après 70 ans, son utilisation fait l’objet de recommandations nuancées, car le cancer de la prostate évolue souvent lentement et peut ne jamais retentir sur l’espérance de vie. Faut-il alors continuer le PSA systématique ? La réponse dépend de l’état de santé global, de l’espérance de vie et des préférences de chaque homme.

Chez un senior en bonne forme, sans comorbidités majeures et présentant des symptômes urinaires ou des antécédents familiaux, le dosage du PSA peut être proposé après information sur ses limites (risque de surdiagnostic et de surtraitement). En revanche, chez un patient très âgé ou fragile, le médecin privilégiera souvent la surveillance clinique (troubles urinaires, douleurs osseuses, altération de l’état général) plutôt que des examens systématiques. Dans tous les cas, la décision se prend en concertation avec l’urologue et le médecin traitant.

Dermatoscopie annuelle pour la détection précoce du mélanome cutané

La peau garde en mémoire toute une vie d’expositions solaires. Après 65 ans, le risque de cancer cutané, en particulier de mélanome ou de carcinome basocellulaire, augmente significativement. Une consultation annuelle chez le dermatologue avec examen dermatoscopique permet de repérer précocement les lésions suspectes. La dermatoscopie fonctionne un peu comme une loupe sophistiquée qui révèle les détails invisibles à l’œil nu, facilitant le diagnostic.

Ce contrôle est d’autant plus important si vous avez une peau claire, de nombreux grains de beauté, des antécédents de coups de soleil ou un passé de forte exposition (travail en extérieur, loisirs au soleil). En pratique, vous pouvez signaler à votre médecin toute lésion qui change d’aspect, qui saigne ou qui ne cicatrise pas. Un dépistage précoce permet souvent un traitement local simple, évitant des interventions plus lourdes et préservant ainsi la qualité de vie.

Explorations cardiovasculaires : électrocardiogramme et échocardiographie

Les maladies cardiovasculaires restent une cause majeure de morbidité et de mortalité après 65 ans. Hypertension artérielle, insuffisance cardiaque, troubles du rythme ou cardiopathies ischémiques peuvent évoluer discrètement pendant des années. En complément de la prise de tension artérielle et de l’examen clinique, certaines explorations spécifiques comme l’électrocardiogramme (ECG) et l’échocardiographie apportent des informations précieuses sur la santé du cœur.

L’électrocardiogramme est un examen simple, non invasif et indolore, qui enregistre l’activité électrique cardiaque. Il est particulièrement utile pour dépister une fibrillation atriale, trouble du rythme fréquent chez le senior et grand pourvoyeur d’accidents vasculaires cérébraux (AVC). Un ECG est recommandé en cas de palpitations, d’essoufflement, de vertiges, de douleurs thoraciques ou avant l’initiation de certains traitements. Chez les personnes à risque cardiovasculaire élevé, un ECG de base peut être réalisé même en l’absence de symptômes.

L’échocardiographie, réalisée par un cardiologue, offre une véritable « échographie du cœur ». Elle permet d’évaluer la fonction de pompe (fraction d’éjection), l’état des valves cardiaques et la présence éventuelle d’un épanchement ou d’une cardiopathie structurelle. Après 65 ans, elle est indiquée en cas d’essoufflement inhabituel, d’œdèmes des membres inférieurs, de souffle cardiaque, d’hypertension artérielle difficile à équilibrer ou d’antécédents d’infarctus. L’échocardiographie guide ensuite les décisions thérapeutiques, qu’il s’agisse d’adapter le traitement médicamenteux ou de discuter d’une éventuelle intervention.

Évaluations de la densité osseuse par ostéodensitométrie DEXA

L’ostéoporose est une pathologie silencieuse qui fragilise les os et augmente le risque de fracture, en particulier au niveau du col du fémur, du poignet ou des vertèbres. Après 65 ans, la perte osseuse s’accélère, surtout chez les femmes post-ménopausées. L’ostéodensitométrie DEXA (ou densitométrie osseuse) est l’examen de référence pour mesurer la densité minérale osseuse et évaluer précisément ce risque fracturaire.

Réalisée en radiologie, rapide et faiblement irradiant, cet examen fournit un score T qui compare votre densité osseuse à celle d’un adulte jeune en bonne santé. En cas d’ostéopénie ou d’ostéoporose avérée, le médecin peut proposer une prise en charge ciblée : supplémentation en calcium et vitamine D, médicaments anti-ostéoporotiques, programme d’activité physique adaptée axé sur le renforcement musculaire et l’équilibre. Concrètement, une ostéodensitométrie est recommandée chez les femmes à partir de 65 ans et chez les hommes à partir de 70 ans, ou plus tôt en présence de facteurs de risque (fracture de fragilité, maigreur, corticothérapie prolongée, antécédents familiaux).

La répétition de l’examen tous les 3 à 5 ans permet de suivre l’efficacité du traitement et d’ajuster si nécessaire la stratégie thérapeutique. Comme un « contrôle technique » de votre squelette, l’ostéodensitométrie contribue directement à la prévention des chutes graves et à la préservation de l’autonomie. Parallèlement, des conseils simples (aménagement du domicile, port de chaussures adaptées, éclairage suffisant) complètent la prévention des fractures chez la personne âgée.

Examens ophtalmologiques : fond d’œil et mesure de la pression intraoculaire

La vision joue un rôle clé dans le maintien de l’autonomie : lire, se déplacer, reconnaître les visages, éviter les obstacles… Après 65 ans, les pathologies ophtalmologiques se multiplient, avec en tête la cataracte, le glaucome et la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Un suivi régulier chez l’ophtalmologiste, comprenant un examen du fond d’œil et la mesure de la pression intraoculaire, est donc indispensable.

Le fond d’œil permet d’observer directement la rétine, la macula et les vaisseaux sanguins. Il est essentiel pour dépister la DMLA, les lésions liées au diabète (rétinopathie diabétique) ou à l’hypertension artérielle. Une consultation ophtalmologique tous les deux ans, voire annuelle en cas de facteurs de risque, est recommandée après 65 ans. Vous remarquez une baisse de vision, une déformation des lignes ou l’apparition de taches noires centrales ? Ce sont des motifs de consultation rapide.

La mesure de la pression intraoculaire, associée à l’examen du nerf optique, permet de dépister et de suivre le glaucome, maladie sournoise qui détruit progressivement le champ visuel sans symptôme au début. Traité tôt, le glaucome peut être stabilisé grâce à des collyres, voire une intervention laser ou chirurgicale. En l’absence de suivi, la perte visuelle peut devenir irréversible. C’est pourquoi un contrôle régulier après 65 ans est fortement conseillé, même si vous ne ressentez aucune gêne visuelle.

Vaccinations recommandées : grippe saisonnière, zona et pneumocoque

La vaccination reste l’un des piliers de la prévention après 65 ans. Avec le vieillissement, le système immunitaire devient moins efficace, ce qui rend les infections plus fréquentes et plus graves. Grippe, pneumonie, zona ou Covid-19 peuvent entraîner des complications sévères, des hospitalisations et une perte d’autonomie. Mettre à jour son calendrier vaccinal permet de réduire nettement ces risques.

Le vaccin contre la grippe saisonnière est recommandé chaque année pour toutes les personnes de 65 ans et plus. Il diminue la probabilité de formes graves, de décompensation de maladies chroniques (insuffisance cardiaque, BPCO, diabète) et d’hospitalisation. La vaccination contre le pneumocoque, bactérie responsable de pneumonies et de méningites, est également conseillée, en particulier chez les seniors fragiles ou présentant des facteurs de risque respiratoires ou cardiaques. Selon votre situation, le schéma vaccinal peut associer un vaccin conjugué et un vaccin polysaccharidique.

Le vaccin contre le zona cible une infection liée à la réactivation du virus de la varicelle, fréquente après 65 ans et souvent très douloureuse. Recommandé généralement à partir de 65 ou 65-74 ans selon les campagnes en cours, il réduit significativement le risque de zona et surtout de douleurs post-zostériennes chroniques, parfois invalidantes. Enfin, la vaccination contre la Covid-19, avec des rappels adaptés, reste un enjeu majeur pour protéger les plus de 65 ans des formes sévères. N’hésitez pas à faire le point avec votre médecin ou votre pharmacien sur l’ensemble de vos vaccins : en quelques injections, vous mettez toutes les chances de votre côté pour vieillir en meilleure santé.